Depuis des semaines, l’instabilité régnant autour du détroit d’Ormuz affecte le commerce mondial. La fluctuation des prix des matières premières, en particulier, se fait sentir à l’échelle mondiale, y compris dans les pays où nous menons nos projets.
Tanzanie, Tchad, Inde: la pénurie complique le quotidien
«En Tanzanie, des ajustements de prix ont été annoncés le 1er avril 2026. Le prix de l’essence a augmenté de 33,4%», rapporte Betty Malaki, responsable du bureau SWISSAID en Tanzanie. Même tendance au Tchad où le prix du litre de carburant et de l’huile de vidange a doublé dans les provinces.
Les denrées alimentaires deviennent sans surprise plus difficiles d’accès. Sur les marchés, l’équipe de SWISSAID au Tchad a déjà pu constater que le prix du kilo de viande est désormais multiplié par deux, le litre d’huile a augmenté de 50%, tout comme celui du paquet de sucre.
En Inde, c’est surtout le manque de gaz pour cuisiner qui pose problème aux ménages, aux restaurants et aux vendeur-euse-s de rue; de petites entreprises ont déjà temporairement réduit ou même arrêté leur travail.
Dans les zones rurales où SWISSAID est active, les difficultés d’approvisionnement et les augmentations de prix se font particulièrement sentir. En raison de la hausse des prix de l’essence, certaines entreprises de transport ont suspendu leurs trajets ou augmenté leurs tarifs. Dans la région de Calcutta, les billets ont augmenté de 67%, rapporte SWISSAID Inde. De nombreuses familles paysannes ne peuvent plus s’offrir le trajet vers les marchés aussi souvent et doivent s’attendre à des pertes de revenus significatives.
Engrais importés: une dépendance aux conséquences graves
Derrière la crise énergétique se cache un défi plus grave encore: la crise des engrais. La guerre a interrompu la livraison d’engrais au moment le plus défavorable du calendrier agricole: celui des semis.
Dans de nombreux pays d’Afrique, notamment la Tanzanie et le Tchad, où SWISSAID est active, les paysan-ne-s sont fortement dépendant-e-s des engrais étrangers. Lorsque les prix montent en flèche ou les livraisons font défaut, ils et elles sont contraint-e-s de réduire les quantités utilisées, de passer à d’autres cultures ou même de renoncer aux semis pour certaines parcelles.
Ces décisions peuvent mener à des pertes de récoltes considérables. Pour de nombreuses familles paysannes, cela signifie des revenus en baisse et une insécurité alimentaire croissante.
Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) estime ainsi que 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l’insécurité alimentaire d’ici fin 2026 si le conflit se prolonge au-delà du milieu de l’année.
Des systèmes alimentaires autonomes avec l'agroécologie
“Cette crise révèle un problème structurel, explique Francesco Ajena, responsable thématique agroécologie chez SWISSAID: la dépendance à un système agricole mondialisé, concentré entre les mains de quelques grandes entreprises”. Quatre multinationales (ChemChina/Syngenta, Bayer, BASF et Corteva) détiennent ainsi entre 62% du marché mondial des pesticides.
Pourtant, il existe des solutions, comme l’agroécologie, que SWISSAID soutient de longue date. S’appuyant sur des ressources locales et des techniques naturelles pour nourrir les sols, ces approches permettent de réduire les coûts, de stabiliser les récoltes et de retrouver une certaine autonomie. Elles offrent surtout une voie pour sortir de cette dépendance et mieux protéger les populations contre les chocs extérieurs.
SWISSAID s’engage pour un système alimentaire juste et équitable qui permettent aux populations du Sud d’accéder à une meilleure sécurité alimentaire.