Depuis fin février, l’instabilité régnant autour du détroit d’Ormuz affecte le commerce mondial. La fluctuation des prix des matières premières, en particulier, se fait sentir à l’échelle mondiale, y compris dans les pays où nous menons nos projets.
Myanmar, Tanzanie, Tchad, Inde: la pénurie complique le quotidien
Au Myanmar, les prix du carburant ont doublé par rapport à la période précédant la guerre en Iran, selon les tarifs officiels du gouvernement. Le bureau SWISSAID au Myanmar est basé dans l’État de Kachin, au nord du pays. Dans cette région, les prix sont encore plus élevés : jusqu’à 300% de plus qu’à Rangoon. De manière générale, les biens de consommation courante et les denrées alimentaires ont vu leur prix grimper et sont donc plus difficiles d’accès.
« En Tanzanie, le coût de la vie continue de croître en raison de la hausse de l’inflation et des récents ajustements des prix du carburant », rapporte pour sa part Betty Malaki, responsable du bureau SWISSAID en Tanzanie. En avril, le prix de l’essence avait déjà augmenté de 33,4% et la tendance se poursuit en mai. Dans les étals, le prix du maïs, des haricots et du riz est en hausse de 50%. Le kilo de bœuf est lui passé de 9000 à 12’000 schillings tanzaniens depuis le début de la crise et celui d’un œuf de 300 à 400 schillings.
Même tendance au Tchad où le prix du litre de carburant et de l’huile de vidange avait déjà doublé en avril dans les provinces. Les denrées alimentaires deviennent sans surprise moins accessibles. L’équipe de SWISSAID au Tchad a pu constater que le prix du kilo de viande est désormais multiplié par deux, le litre d’huile a augmenté de 50%, tout comme celui du paquet de sucre.
En Inde, c’est surtout le manque de gaz pour cuisiner qui pose problème aux ménages, aux restaurants et aux vendeur-euse-s de rue; de petites entreprises ont déjà temporairement réduit ou même arrêté leur travail.
Dans les zones rurales où SWISSAID est active, les difficultés d’approvisionnement et les augmentations de prix se font particulièrement sentir. En raison de la hausse des prix de l’essence, certaines entreprises de transport ont suspendu leurs trajets ou augmenté leurs tarifs. Dans la région de Calcutta, les billets ont augmenté de 67%, rapporte SWISSAID Inde. De nombreuses familles paysannes ne peuvent plus s’offrir le trajet vers les marchés aussi souvent et doivent s’attendre à des pertes de revenus significatives.
Engrais importés: une dépendance aux conséquences graves
Derrière la crise énergétique se cache un défi plus grave encore: la crise des engrais. La guerre a interrompu la livraison d’engrais au moment le plus défavorable du calendrier agricole: celui des semis.
Dans de nombreux pays où SWISSAID est active, les paysan-ne-s sont fortement dépendant-e-s des engrais étrangers. Lorsque les prix montent en flèche ou les livraisons font défaut, ils et elles sont contraint-e-s de réduire les quantités utilisées, de passer à d’autres cultures ou même de renoncer aux semis pour certaines parcelles.
A l’image du Myanmar, où en raison de la forte augmentation des coûts du carburant et des engrais, le monde paysan a réduit sa production. Les importateurs privés d’intrants agricoles diminuent également leurs volumes d’importation et des pénuries d’engrais sont à prévoir pour la prochaine campagne agricole. Conséquence : la production pourrait reculer d’environ 30% lors de la prochaine récolte.
Ces décisions peuvent mener à des pertes de récoltes considérables. Pour de nombreuses familles paysannes, cela signifie des revenus en baisse et une insécurité alimentaire croissante.
Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) estime ainsi que 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l’insécurité alimentaire d’ici fin 2026 si le conflit se prolonge au-delà du milieu de l’année.
Des systèmes alimentaires autonomes avec l'agroécologie
Cette crise révèle un problème structurel, explique Francesco Ajena, responsable de la thématique agroécologie chez SWISSAID: la dépendance à un modèle agricole mondialisé, dominé par une poignée d’entreprises et fondé sur des intrants importés. Dans un billet d’humeur publié dans “24 heures“, notre expert revient sur les causes et les conséquences de cette dépendance.
Et rappelle qu’il existe des solutions, comme l’agroécologie, que SWISSAID soutient de longue date. S’appuyant sur des ressources locales et des techniques naturelles pour nourrir les sols, ces approches permettent de réduire les coûts, de stabiliser les récoltes et de retrouver une certaine autonomie. Elles offrent surtout une voie pour sortir de cette dépendance et mieux protéger les populations contre les chocs extérieurs.
SWISSAID s’engage pour un système alimentaire juste et équitable qui permettent aux populations du Sud d’accéder à une meilleure sécurité alimentaire.
Image de titre par Sri Kolari