Dans le département d’Abtouyour, au Sud du Tchad, Yaya Adoum vit de la production d’huile d’arachides. Jusqu’à il y a peu, elle et une quinzaine de paysannes du village transformaient manuellement les cacahuètes en huile. «Cette manière de transformer l’arachide pour extraire l’huile était pénible et prenait du temps», explique Yaya, 45 ans. Les femmes concassent à la main les cacahuètes sur une masse rocheuse à l’aide d’une grosse pierre, puis en forment une pâte qui, chauffée, devient de l’huile. Ce processus dure de longues heures.
Dans un village voisin, Mankaria Baya, a connu les mêmes difficultés. Cette veuve, mère de six enfants, cultive du millet. Sans moulin, Mankaria et les autres femmes du village devaient transformer manuellement la céréale en farine, ou parcourir une dizaine de kilomètres jusqu’à Bitkine, la ville la plus proche, pour avoir accès à un moulin mécanique. Chargées de sacs de céréales, ces kilomètres étaient difficiles à parcourir sans moyen de transport, et louer une charrette était cher. Ainsi, le millet leur demandait de l’argent, du temps et de l’énergie, qu’elles n’avaient alors plus à consacrer aux enfants et à la famille.
Il nous faut un moyen de transport pour porter le mil à moudre. Pour cela, il faut de l’argent. Cela demande aussi beaucoup d’énergie, de temps. Puis, lorsque c’est fait, il faut encore faire à manger pour la famille, ce qui nécessite d’aller faire la corvée de l’eau et chercher du bois mort. Finalement les enfants mangent tard dans la nuit
