Tansanie, 30.06.2022

La hausse des prix menace la sécurité alimentaire

Quelques semaines seulement après le début de la guerre en Ukraine, les prix des carburants ont atteint  de nouveaux sommets en Tanzanie. Pour l’essence, par exemple, l’augmentation était de 12% en avril et de 9,5% en mai. Cette hausse des prix affecte les chaînes d’approvisionnement en raison de l’augmentation des coûts des transports et fait indirectement grimper les prix des biens et des services. Joseph Columbus, paysan bénéficiaire dans le district de Masasi, est inquiet :

“Tout devient plus cher ici : un kilo de riz coûtait auparavant 1500 shillings tanzaniens (TZS; 60 centimes), il coûte désormais 2200 TSZ (90 centimes). Pour un litre d’huile alimentaire, je paie désormais 8’000 TSZ (3,30 CHF), contre 5’000 TSZ (2 CHF) auparavant. Et le prix de 18 kilos de maïs a même doublé : de 5’000 TSZ à 10’000 TSZ (4 CHF)”.  

Les paysan-ne-s de Masasi cultivent principalement des produits destinés à la vente : noix de cajou, sésame, tournesol et noix de coco. Avec le bénéfice, ils achètent des denrées alimentaires comme le riz et le maïs. Alors que le coût des marchandises s’envole, la valeur des cultures de rente continue de se détériorer, selon Columbus. Les paysan-ne-s ont de plus en plus de mal à nourrir leurs familles. Le système alimentaire tanzanien étant fortement marqué par l’agriculture conventionnelle, l’augmentation du prix des engrais constitue également une menace pour la sécurité alimentaire. “50 kilos d’engrais coûtent actuellement 150’000 TZS (62 CHF), contre 90’000 TZS (37 CHF) auparavant”, explique Columbus.  

Grâce aux formations en agroécologie dispensées dans le cadre du projet SWISSAID, Joseph Columbus ne dépend plus de cet engrais. Il a transformé son exploitation selon les principes de l’agroécologie et produit désormais son propre engrais. Columbus est convaincu qu’à l’avenir, de plus en plus de paysan-ne-s produiront de manière agroécologique afin de ne plus être affectés par des événements tels que la guerre en Ukraine. Selon Columbus, grâce à l’agriculture écologique, les paysan-ne-s deviennent plus indépendants et plus résistants aux conséquences des crises mondiales.  

Niger, 27.06.2022

La situation en Niger continue de s'aggraver

Pour les habitants du Niger, les effets de la guerre en Ukraine sont particulièrement dévastateurs, car les denrées alimentaires étaient déjà rares et les sécheresses ont détruit les récoltes de nombreux agriculteurs. Abdoul Moumouni Seydou, petit paysan de la commune rurale de Kieche, dans le sud-ouest du pays, a peur : “Les prix ont presque doublé ces derniers temps. Pour les pauvres comme moi, c’est une catastrophe. Tant que la guerre durera, les prix continueront à augmenter. Déjà, même les riches ne peuvent plus tout s’offrir”.  

 Dès la fin de l’année 2021, SWISSAID a lancé un projet d’aide d’urgence au Niger afin de venir en aide de manière rapide et non bureaucratique.  

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Niger Nothilfe

Inde, 08.06.2022

Inflation en Inde

L’Inde fait face à une inflation de 7-8% et une hausse continue du prix de l’essence et du gaz de cuisine. Cette hausse impacte avant tout les populations pauvres. L’Inde importe la plus grande partie de son pétrole (80%). En conséquence, si les prix internationaux augmentent, cela se traduira par une hausse supplémentaire du prix de tous les biens essentiels. 

Tchad, 03.06.2022

Urgence alimentaire au Tchad

Début juin, le Tchad a déclaré l’état d’urgence alimentaire en raison de l’absence de livraisons de céréales. Le président tchadien de la junte militaire au pouvoir a souligné la détérioration constante de la situation alimentaire et nutritionnelle. Il a mis en garde contre un danger croissant pour la population si aucune aide humanitaire n’est apportée. Selon l’ONU, plus de cinq millions de personnes pourraient bientôt avoir besoin d’une aide humanitaire dans ce pays d’Afrique centrale. 

Olivier Ngardouel Mbaïnaïkou, responsable du bureau de coordination de SWISSAID au Tchad, confirme la situation d’urgence : “C’est un fait qu’il y a une urgence alimentaire au Tchad, et ce principalement parce que les prix des denrées alimentaires augmentent fortement”. Selon Mbaïnaïkou, cette situation difficile ne peut être changée à long terme que si les techniques de production agroécologiques sont davantage encouragées ou si la production est plus diversifiée. Le renforcement des organisations de base dans le pays peut également améliorer la résilience en particulier des paysannes face aux influences extérieures telles que les fluctuations des prix ou les phénomènes climatiques.  

Le Tchad est l’un des nombreux pays de la région du Sahel qui est menacé par une crise alimentaire. Le pays est actuellement confronté à la pire sécheresse depuis 40 ans. 

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Guinée-Bissau, 02.06.2022

Crise du carburant et hausse des prix

Dans une guerre comme celle-ci, au-delà des pays directement concernés, ce sont les pays pauvres qui souffrent le plus. Ces derniers dépendent beaucoup des produits importés. La Guinée-Bissau est confrontée à une situation chronique d’insécurité alimentaire désormais aggravée par la crise du carburant.

Le gouvernement a augmenté les taxes sur la vente de carburant et de nombreuses stations ont fermé. Par conséquent, il y a une pénurie et les ventes clandestines fonctionnent au double du prix: l’essence coûtait environ 700 francs. Ils sont désormais de 1000 à 1200 francs, explique Cherno Talato Jalo, chargé de Programme SWISSAID Guinée-Bissau.

L’augmentation des prix des produits de première nécessité est alarmante alors que les salaires sont toujours misérables. Le salaire minimum est de 50 000 francs CFA et le maximum est d’environ 180 000 francs CFA. La hausse des prix des produits de base – riz 50%, sucre 30%, huile alimentaire 80%, savon 90%, lait 40% et pain 35% – engendre une détresse parmi la population. Alors que le savon coûtait encore 650 francs le bâton il y a quelques semaines, il est passé à 1250 francs le bâton. La population s’attend encore à des hausses.

Niger, 30.05.2022

Au Niger, la menace grandit

A la fin de l’année 2021, 2,3 millions de Nigérien-ne-s étaient gravement menacés par la faim. En cause, les récoltes catastrophiques dues à un climat instable et les conflits violents. La guerre en Ukraine, faisant hausser le coût des denrées et diminuer les importations, a encore aggravé la situation. Fin mai, SWISSAID estime que jusqu’à 3,7 millions de personnes au Niger sont concernées.

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International, 19.05.2022

Interview Radio Cité

De nombreux pays dépendent des exportations pour nourrir leur population. C’est le cas notamment de certains pays africains. Les prix des denrées de base y ont pris l’ascenseur au point qu’une partie de la population n’arrive plus à y avoir accès. Déjà fragilisés par un climat instable et des récoltes difficiles, ces pays font face à une grande insécurité alimentaire. Ces crises mettent en lumière la vulnérabilité de notre système et l’urgence de le réformer.

Par exemple, le prix du pain a augmenté de 25%. Le revenu mensuel moyen par habitant au Niger est de 45.- suisse. Aujourd’hui, une famille de 3 enfants avec 45.- de revenu ne peut pas s’acheter suffisamment de pain et d’huile pour un mois. Des conséquences terribles pour la sécurité alimentaires de millions de familles.

Écoutez l’interview complète.

La guerre et la faim

Votre don nous permet de promouvoir des chaînes de production agricole locales et de renforcer les systèmes semenciers locaux afin de rendre les paysan-ne-s moins dépendant-e-s des semences achetées et des facteurs externes tels que les guerres et le climat. Votre don est précieux!
Equateur, 15.03.2022

La colère des bananiers

Le prix des bananes en Équateur a chuté suite aux sanctions contre la Russie. En effet, le quasi 100% des bananes consommées en Russie venaient d’Équateur. La Russie représentait plus du quart des exportations de bananes de ce pays d’Amérique du Sud. Les sanctions ont stoppées ces exportations, ce qui a bloqué des tonnes de bananes et fait chuter les prix internes. En grogne, les paysan-ne-s ont déversé leur production dans les rues de Quito en demandant l’aide du gouvernement. Bien que la ville soit redevenue calme, la colère des paysans ne désemplit pas face à la chute de leurs revenus.


Géants de la production de blé

Tragique pour les millions de civils résidents en Ukraine, la guerre touche également de manière indirecte le reste de la population mondiale. La Russie et l’Ukraine sont les principaux fournisseurs de blé, de maïs et d’huile de tournesol de plusieurs pays africains. Selon le FMI (Fonds Monétaire International), les importations représentent environ 85 % de l’approvisionnement de l’Afrique subsaharienne, dont un tiers provient de Russie ou d’Ukraine. Les 45 pays les moins avancés du monde importent au moins un tiers de leur blé d’Ukraine ou de Russie. Après l’Ukraine, ils sont les plus touchés par cette guerre.

Selon les experts, les effets et les répercussions de la guerre en Ukraine sur la sécurité alimentaire mondiale peuvent être de grande ampleur. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a ainsi très tôt mis en garde contre «un effondrement de l’économie mondiale qui provoquerait une crise alimentaire touchant durement les plus pauvres».

Les Nations Unies parlent d’un “cyclone de la faim” qui pourrait plonger 8 à 13 millions de personnes supplémentaires dans la famine en Europe de l’Est, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

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Flambée des prix inquiétante

L’Ukraine étant un grand exportateur de denrées de base, la guerre déclarée depuis le 24 février a, entre autres, découlé sur une hausse des prix. Le prix mondial du blé a augmenté de 60% par rapport à l’année précédente. Si la guerre se poursuit, les difficultés d’approvisionnement dues à l’impossibilité d’ensemencer les champs risque d’entraîner une nouvelle hausse. Les prix des produits laitiers et des huiles alimentaires ont également atteint un niveau record. Enfin, les coûts du carburant et de l’engrais particulièrement élevés augmentent encore les prix de toutes les denrées importées.

Une grande insécurité dans de nombreux pays africains

La guerre touche en particulier de nombreux pays africains, y compris des pays partenaires de SWISSAID. Le Tchad nous a rapporté être aussi touché par la crise ukrainienne. «Il est fort probable que dans les semaines à venir, nous connaissions une hausse de prix ou une réduction du poids du pain car la farine est importée», explique Clément Jous de SWISSAID au Tchad. Eux aussi ont essuyé une mauvaise récolte cette année, et la hausse arrive alors que les prix étaient déjà plus élevés qu’à l’accoutumée.

Même dans les pays où les populations sont moins dépendantes du blé, les prix augmentent à cause de la hausse des matières premières. C’est ce que rapporte le responsable de programme SWISSSAID Tanzanie, Rainard Mjunguli: «Nous sommes face à une nette hausse du prix du pétrole et de l’essence, ce qui impacte le coût des transports de divers produits comme l’huile ou le riz. Les tickets de bus ont considérablement augmenté.»

Küche in Tschad mit leeren Töpfe und bedeckten Tellern

Jalò Cherno Talato, responsable programme SWISSAID Guinée-Bissau

«Nous sommes préoccupés. Comme vous le savez, dans une guerre comme celle-ci, ce sont les pays pauvres qui souffrent le plus, car ils dépendent beaucoup des produits importés. Le cas de la Guinée-Bissau sera encore pire, car la chaîne de valeur est quasi inexistante, c’est-à-dire que le secteur de la transformation n’existe pas: le pays importe des produits laitiers, des produits d’hygiène et des céréales. La hausse des prix des carburants compliquera encore la situation, étant donné qu’elle aura un impact sur les prix des transports, de l’énergie, etc. Actuellement, la hausse des prix concerne les produits suivants: sucre 30%, huile alimentaire 30%, savon 40%, lait 40% et pain 33%, la farine étant déjà en rupture de stock. Je pense qu’il est nécessaire d’encourager l’augmentation de la production nationale et la transformation et la valorisation des produits locaux.»

Le Niger déjà fragilisé par le climat

Le Niger fait face depuis quelques mois à une situation d’urgence dans la région du Sud-Ouest du pays, où le climat catastrophique et inattendu de juillet et août 2021 a détruit la plupart des récoltes. A la fin de l’année, alors que les greniers devaient déborder de réserves pour tenir jusqu’à la saison suivante, ils étaient quasi vides. En décembre 2021, SWISSAID a lancé un programme d’aide d’urgence afin de venir en aide aux 2,3 millions de personnes gravement menacées par la faim. La guerre en Ukraine est un nouveau coup dur porté à la population du Niger. Les prix déjà élevés sur les marchés semblent encore augmenter.

Issoufou Abdou Djibo, responsable programme SWISSAID Niger

«Au Niger, la situation était alarmante bien avant le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine car la récolte hivernale a été catastrophique et plus de 2,3 millions de personnes sont menacées d’insécurité alimentaire. Le prix du blé, et donc du pain, a augmenté de 200 à 250 FCFA il y a plusieurs semaines. Les familles les plus pauvres ne peuvent plus s’en acheter. Par rapport à l’année dernière à la même période, le sac de mil est à 31’000 FCFA au lieu de 24’000 FCFA, le maïs à 29’000 FCFA contre 21’000 FCFA et le sorgho à 27’000 FCFA contre 21’000 FCFA.»

Notre levier: l'agroécologie et le renforcement des systèmes alimentaires locaux

La forte dépendance entre les pays s’avère dans ce cas problématique. Ceci montre l’importance de la souveraineté alimentaire et des moyens pour y arriver, comme l’agroécologie. Ce système privilégie des circuits courts et une autonomie face aux intrants extérieurs. Les paysan-ne-s qui pratiquent déjà ce mode de culture sont plus résilient-e-s face aux tumultes internationaux. On l’a vu pendant la crise du COVID-19, où ils étaient moins touchés par les interruptions des chaînes alimentaires et l’isolement.

«Pour réduire les dépendances vis-à-vis des denrées alimentaires importées et nourrir la population mondiale à plus long terme, il est impératif de modifier durablement nos systèmes alimentaires», explique Sarah Mader, responsable thématique de l’agroécologie chez SWISSAID.

L’agroécologie prône une agriculture écologique et socialement responsable, qui optimise les interactions entre les végétaux, les animaux, les humains et l’environnement. SWISSAID tente depuis des décennies de diffuser ces notions dans la plupart de ses projets ; promouvoir les filières agricoles locales, valoriser les connaissances des paysan-ne-s, notamment en matière de semences, et préserver la biodiversité. L’approche multidimensionnelle de l’agroécologie est basée sur les cycles naturels, préserve les ressources et réduit la dépendance aux facteurs externes. Elle permet aux paysan-ne-s d’être autonomes et résilient-e-s face aux changements climatiques.

La guerre en Ukraine et ses conséquences fatales sur la situation alimentaire mondiale montrent une fois de plus qu’un approvisionnement indépendant et local est la solution pour lutter contre la faim – pour une alimentation résistante aux crises et durable!

Communiqué de presse