L’accès à une alimentation saine et durable est loin d’être un acquis pour toutes et tous. Quelque 735 millions de personnes souffrent de la faim sur le globe, soit 10% de la population mondiale.

Pour garantir une alimentation saine en période de crise climatique, SWISSAID publie une brochure intitulée «L’agrobiodiversité dans l’assiette». Entretien avec Kavita Gandhi, responsable du bureau de coordination de SWISSAID en Inde.

La situation en Inde

Kavita Gandhi, quels sont les changements climatiques observés en Inde?

Canicules, ouragans, inondations: les événements météorologiques extrêmes se multiplient. De surcroît, les étés débutent plus tôt avec des températures grimpant jusqu’à 47 degrés, tandis que les saisons des pluies se raccourcissent.

Le réchauffement planétaire accentue le problème de la faim. Pourquoi?

Les familles paysannes sont tributaires des pluies, de la fertilité du sol et de la biodiversité pour pouvoir produire suffisamment et vivre dans de bonnes conditions. Or, les vagues de chaleur, les sécheresses, le manque d’eau, l’intensification des catastrophes naturelles menacent l’agriculture: la période propice à la croissance des cultures se révèle toujours plus courte, ce qui a un impact négatif sur la quantité et la qualité des récoltes. Malgré un dur labeur, les milliers de paysan-ne-s à travers le monde peinent à se nourrir.

Justement, quelle est la situation sur le front de la faim en Inde, pays qui compte 1,4 milliard d’habitant-e-s?

La faim et la malnutrition sont des problèmes chroniques. Malgré les efforts du gouvernement, le pays se classe chaque année parmi les 30 derniers de l’Indice mondial de la faim. Les femmes et les enfants manquent de vitamines et de fer, la plupart souffrent d’anémie. Dans les communautés au sein desquelles nous travaillons, le grand défi est la diversité alimentaire: manger suffisamment de légumes, de légumineuses et un peu de viande.

Quel soutien SWISSAID apporte-t-elle à la population indienne?

Pour renforcer la résilience de l’agriculture et, partant, la sécurité alimentaire face aux menaces climatiques toujours plus nombreuses et imprévisibles, nous favorisons l’accès à des semences résistantes et adaptées au climat local. Nous promouvons également la diversité des cultures, en réintroduisant des cultures négligées ou oubliées.

Au-delà du secteur agricole, SWISSAID augmente les capacités des coopératives locales dans la gestion des forêts et des étangs: ainsi, les communautés dépendant de ces écosystèmes peuvent se réapproprier leurs moyens de subsistance et diversifier leurs revenus. En outre, nous nous efforçons de trouver, avec les familles paysannes, des mesures d’adaptation face au dérèglement climatique, telles que la sauvegarde des semences traditionnelles, la protection des cultures ou l’adoption des pratiques agroécologiques.

Pourquoi SWISSAID privilégie-t-elle l’approche de l’agroécologie?

Car c’est la clé pour s’adapter au changement climatique et lutter contre la faim: respectueuse de l’environnement, cette voie favorise une meilleure santé des sols et de la population, ne recourant pas aux produits chimiques. L’agroécologie propose une alimentation biologique, locale, de saison, plus diversifiée et de meilleure qualité. De plus, elle préserve et encourage la biodiversité.

A ce propos, SWISSAID vient de publier une brochure intitulée «L’agrobiodiversité dans l’assiette». Pourquoi l’agrobiodiversité se révèle-t-elle importante?

Aujourd’hui, 75% de l’alimentation humaine proviennent de seulement douze plantes et de cinq espèces animales. Autrement dit, notre système alimentaire dépend de très peu de variétés. Il est crucial de diversifier notre alimentation, pour notre santé et celle de la planète. Nous le constatons : les exploitations agricoles qui combinent cultures, arbres et animaux se montrent plus robustes face aux chocs climatiques et à l’insécurité alimentaire.

Vers la brochure

Pour nourrir une population mondiale croissante dans les conditions du réchauffement climatique, que doivent faire la communauté internationale et la Suisse?

Tout d’abord, réduire de toute urgence leurs émissions de gaz à effet de serre: les pays du Nord polluent, tandis que les populations défavorisées dans les régions du Sud en paient le prix fort. Ensuite, les responsables du réchauffement planétaire doivent financer les mesures d’adaptation aux changements climatiques et partager les connaissances à ce sujet. Il est impératif également qu’ils modifient leurs habitudes alimentaires, que celles-ci soient plus respectueuses du climat.

Indice de la faim dans le monde : la malnutrition augmente

Source: https://www.welthungerhilfe.org/