Les vagues de chaleur, les pénuries d’eau, les épisodes de pluies intenses et les pertes de récoltes illustrent notre vulnérabilité croissante face au dérèglement climatique. En Suisse, la température moyenne depuis 1871 a déjà augmenté deux fois plus que la moyenne internationale. Au niveau mondial, la température a augmenté de 1,3 à 1,4 degré entre la période préindustrielle et 2024. En Suisse, la hausse atteint 2,9 degrés. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), chaque dixième de degré supplémentaire accroît la fréquence et l’intensité des événements météorologiques extrêmes.
Dans les pays partenaires de SWISSAID, notamment au Sahel, les conséquences du réchauffement climatique ont des répercussions dramatiques depuis plusieurs années. Les sécheresses répétées et les précipitations irrégulières provoquent des pertes de récoltes massives, aggravant l’insécurité alimentaire et la pauvreté. Pourtant ces pays ne contribuent guère au réchauffement climatique.
En effet, avec en moyenne 15 tonnes de CO₂ par habitant-e et par an, l’empreinte carbone réelle d’un-e consommateur-trice suisse est près de 150 fois supérieure à celle d’une personne au Niger. Cette profonde injustice reste l’un des principaux défis de la politique climatique internationale.
Réduire les émissions en Suisse
« Des millions de personnes vivant déjà dans des situations de vulnérabilité subissent de manière disproportionnée les conséquences du changement climatique. Il n’est pas tolérable que les pays industrialisés et émergents se renvoient la responsabilité au lieu de réduire massivement leurs émissions de gaz à effet de serre », déclare Sonja Tschirren, responsable du dossier climat chez SWISSAID. Et d’appeler la Suisse à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre sur son propre territoire plutôt que de miser sur des projets de compensation à l’étranger, généralement dans des pays du Sud.
Cette responsabilité passe aussi par le maintien d’une coopération internationale forte. Les pays en situation de vulnérabilité ont plus que jamais besoin d’un soutien pour s’adapter aux effets du changement climatique. Réduire les budgets de la coopération au développement fragilise les capacités d’anticipation de crises et compromet les efforts de prévention. Réduire encore davantage ces dépenses aujourd’hui, comme l’envisage le Conseil fédéral, revient à fortement accroître les coûts humains, économiques et environnementaux de demain.
Plusieurs pistes
Des solutions existent. En Suisse, elles passent par une réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre, le soutien à des investissements durables, le développement des énergies renouvelables, une meilleure gestion de l’eau et une agriculture agroécologique adaptée au climat. Dans les zones de projets des pays partenaires de SWISSAID, les pratiques agroécologiques permettent déjà de renforcer la résilience des familles paysannes grâce à la diversification des cultures, à la préservation des sols, à l’utilisation de semences locales et à l’intégration d’arbres dans les systèmes agricoles pour favoriser les microclimats. Mais il reste encore beaucoup à faire.
« Les vagues de chaleur nous le rappellent avec force : la Suisse a accumulé du retard. Nous devons maintenant mettre en œuvre des mesures nationales nettement plus ambitieuses pour réduire de manière significative nos émissions d’ici 2030 par des solutions durables. Et nous devons soutenir les populations et les secteurs vulnérables dans l’adaptation au changement climatique », conclut Sonja Tschirren.
Plus d’informations
- Interview de Sonja Tschirren, experte climat chez SWISSAID
- Étude Walking the Talk? The Role of Regenerative Agriculture in Achieving Climate-Resilient Food Systems