Selon les régions, entre 50% et 80% de la production alimentaire mondiale provient des femmes. En Afrique subsaharienne, 66% des emplois féminins dépendent des systèmes agroalimentaires, un taux qui grimpe à 71% en Asie du Sud. Leur impact dépasse la simple production: dans certaines zones, elles réinvestissent jusqu’à 90% de leurs revenus dans leur foyer (santé, nutrition, éducation des enfants), contre 30 à 40% pour les hommes. «Les chiffres le montrent: les femmes jouent un rôle central dans la sécurité alimentaire et le développement local. Malgré cela, elles sont 150 millions de plus que les hommes en situation d’insécurité alimentaire et les obstacles structurels qui jalonnent leur quotidien restent nombreux», souligne Valentina Maggiulli, responsable du dossier genre chez SWISSAID.

Lutter pour la terre

L’accès aux ressources en est un exemple frappant. Dans plusieurs pays, les droits fonciers discriminent les femmes, lesquelles ne peuvent ni posséder ni hériter de terres. Sachant que les parcelles qu’elles exploitent peuvent leur être retirées à tout moment, il leur est difficile d’y investir durablement.

Dans la région d’Oio, au nord de la Guinée-Bissau, SWISSAID a accompagné un groupement de femmes déterminées à acquérir collectivement un terrain agricole. Grâce à leur mobilisation, des échanges avec les hommes et du plaidoyer, ces femmes ont réussi à remettre en question des normes patriarcales profondément ancrées. Aujourd’hui, elles cultivent et récoltent fruits, légumes et céréales sur leurs propres terres, renforçant leur autonomie et celle de leur communauté, comme l’illustre ce témoignage.

Au-delà de l’accès aux ressources, SWISSAID s’engage en faveur de l’autonomie économique et politique des paysannes, afin qu’elles puissent davantage contrôler leurs propres revenus et siéger activement dans les instances de décision locales. En Colombie, le projet «Femmes, participation politique et paix» met l’accent sur l’inclusion des femmes rurales dans la vie politique, économique et sociale, notamment via des formations à la gouvernance.

Face à la crise climatique: l’agroécologie

Dans leur quotidien, les paysannes doivent encore composer avec un défi de taille: la crise climatique. Sécheresses et pluies diluviennes détruisent de plus en plus fréquemment les cultures, exacerbant la pression sur des systèmes alimentaires déjà fragiles. Pour y faire face, SWISSAID promeut l’agroécologie : une agriculture durable, basée sur des circuits courts, l’utilisation de semences locales adaptées aux aléas climatiques, loin des intrants de synthèse coûteux produits par des grands groupes.

Cet engagement porte ses fruits, comme en atteste un projet lancé dans le village de Teertha, dans le sud de l’Inde, et soutenu par SWISSAID. Le groupe de femmes «Bibi Fatima Self-Help Group» y a relancé la culture du millet à travers des méthodes agroécologiques parvenant à restaurer les sols, promouvoir une alimentation plus saine et améliorer les revenus agricoles. Primée par l’Equator Prize 2025 des Nations Unies, cette initiative contribue également à préserver l’environnement et la biodiversité.

Investir dans l’égalité au sein du secteur agricole, c’est agir concrètement pour améliorer la vie de millions de personnes. Des programmes ciblés en faveur des femmes rurales pourraient augmenter les revenus de 58 millions de personnes et améliorer la résilience de 235 millions d’autres, indique ainsi la FAO.

Modifier les rapports de pouvoir

«SWISSAID appelle à une transformation profonde des systèmes agroalimentaires et des rapports de pouvoir qui les structurent. Reconnaître pleinement le rôle des paysannes est un premier pas, mais il ne suffit pas: il est urgent de garantir leurs droits à la terre, aux ressources, à la formation et à la prise de décision. Renforcer les moyens d’action des femmes rurales, c’est contribuer à des communautés plus résilientes, plus justes et mieux nourries», explique Valentina Maggiulli.

À l’heure où les crises alimentaire et climatique s’intensifient, ignorer leur contribution reviendrait à compromettre l’avenir de toutes et tous. La justice pour les paysannes n’est pas une option, c’est une condition pour construire une sécurité alimentaire durable.

 

 

*Photo: Les paysannes du groupement Bibi Fatima, au Sud de l’Inde, ont relancé la culture du millet au travers de pratiques agroécologiques et ont ainsi amélioré la sécurité alimentaire dans leur communauté. ©Sri Kolari/SWISSAID

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