
Résilience en temps de crise
Entre 2020 et 2022, le monde a vacillé. Pour SWISSAID et ses pays partenaires, la pandémie de COVID-19 n’a pas seulement été une crise sanitaire, mais un révélateur des failles de notre système alimentaire mondial. Retour sur une période où la solidarité et l’agroécologie étaient primordiaux pour lutter contre la faim.
Une crise planétaire sans précédent a vu le jour en 2020. Le Covid-19 a touché tous les recoins de la planète. Dans nos pays d’intervention, la peur de ne pouvoir se nourrir a rapidement pris le pas sur celle de la maladie. Et pour cause: Comment subvenir aux besoins alimentaires de sa famille quand les marchés sont fermés ou leur accès restreint? Comment se procurer des denrées alimentaires de base sans les revenus que procure généralement l’économie informelle?
D’après un rapport des Nations Unies, en 2020, 32 millions de personnes supplémentaires risquaient de plonger dans l’extrême pauvreté en raison de la crise économique liée à la pandémie. Avec quelques années de recul, nous avons désormais une vision plus claire du choc provoqué par le Covid-19, aggravé ensuite par l’inflation et les tensions géopolitiques (comme la guerre en Ukraine).
Entre 2019 et le pic de la pandémie, le nombre de personnes souffrant de la faim a bondi de 122 millions. En 2025, plus de 2,3 milliards de personnes souffraient d’insécurité alimentaire modérée ou grave, soit près de 30 % de la population mondiale. La faim dans le monde, dont les chiffres étaient en baisse depuis quelques années, a repris du terrain.
Le Covid-19 a fortement accentué la précarité des femmes, avec 150 millions de victimes de la faim de plus que les hommes en 2021. Pivot de l’économie informelle et du travail domestique non rémunéré, elles ont subi de plein fouet la perte de revenus et l’explosion de la charge mentale.
Dans ce contexte, le travail de SWISSAID dans le domaine de l’égalité entre hommes et femmes, et en particulier dans les domaines de l’autonomisation économique des femmes, de la coresponsabilité et de la lutte contre la violence domestique, est d’une extrême importance. Car dans toute crise – sanitaire, humanitaire ou guerre – les femmes et enfants sont toujours les premières victimes. Révélant que la pauvreté et la faim ont un visage féminin.
L’un des enseignements majeurs de la crise du Covid-19 et des suivis de projets est la supériorité du modèle agroécologique en période de choc. Les personnes impliquées dans les projets agroécologiques ont surmonté la crise avec plus de facilité.
L’agroécologie est une approche systémique puissante qui peut contribuer à renforcer la relation entre la nature, l’agriculture et la santé, et à promouvoir un système alimentaire durable. Elle favorise la biodiversité et la diversité génétique. Ainsi, les exploitations agricoles gérées de manière agroécologique sont plus résistantes aux crises, aux virus et aux parasites. Dans tous ses pays partenaires, SWISSAID encourage la production agroécologique depuis des décennies.
Alors que les engrais chimiques étaient bloqués dans les ports, les paysans formés à l’agroécologie produisaient leurs propres intrants.
L’accès aux semences paysannes a permis de semer à temps, là où les semences industrielles étaient devenues introuvables.
Contrairement aux idées reçues, la pandémie n’a pas créé un repli sur soi. La solidarité au sein des communautés et de la part de nos donatrices-teurs s’est intensifiée, car l’interdépendance de nos destins est devenue évidente.
Si la crise du Covid-19 a chamboulé toutes les régions du monde, certains de nos pays partenaires ont particulièrement souffert.
L’Inde a été particulièrement touchée par le virus et ses conséquences. En 2021, le pays a frôlé l’effondrement. Des systèmes de santé saturés et des millions de travailleurs migrants rentrant dans leurs villages sans ressources.
Au Tchad, l’un des pays les plus pauvres au monde, la crise a pris une forme économique dévastatrice. La fermeture des frontières a provoqué une explosion des prix des denrées de base, mettant en péril des années de progrès.
Les populations rencontrent beaucoup de difficultés à accéder à une alimentation en qualité et en quantité suffisante, expliquait Yvette Nebinon, présidente de la plateforme des femmes de Bébédjia, en 2021.
En maintenant nos projets malgré les restrictions, nous avons prouvé que l’autonomie paysanne est la seule réponse durable. Là où les circuits longs ont échoué, les jardins potagers et les circuits courts ont nourri les familles.
Le soutien de SWISSAID a été extrêmement important pour nous, merci infiniment. Les produits alimentaires et d’hygiène distribués ont grandement allégé nos souffrances. Le couvre-feu imposé par le gouvernement à la suite de l’état d’urgence nous a mis dans une telle détresse, vous ne pouvez donc pas imaginer à quel point ce soutien était utile pour nous.
Pourquoi garder ces récits aujourd’hui ? Parce qu’ils sont la preuve que nos projets se poursuivent et s’adaptent. La pandémie nous a conforté dans notre effort à autonomiser les populations et les rendre moins dépendantes des acteurs internationaux.
Covid oblige, SWISSAID a dû ajuster plusieurs de ses programmes pour répondre aux défis rencontrés sur le terrain. Kits d’hygiène, semences, séances d’information pour lutter contre les fausses informations ou distribution de produits de première nécessité, de nouvelles mesures ont vu le jour pour venir en aide aux plus démunis.