Les femmes dans l'agriculture: beaucoup de travail, peu de droits

Que signifie exactement être paysanne? Beaucoup imaginent probablement une femme cultivant ses champs, rapportant une récolte abondante, mangeant sainement ou vendant ses produits de manière rentable. Pourtant, pour de nombreuses femmes, en particulier dans les pays du Sud où SWISSAID est active, la réalité est tout autre.

Par manque de moyens, elles travaillent leurs champs avec des outils rudimentaires. Elles ne disposent ni des semences et engrais adaptés aux conditions locales, ni des connaissances suffisantes pour faire face aux sécheresses, aux nuisibles ou aux conditions météorologiques imprévisibles. Malgré ces nombreux obstacles, la responsabilité de nourrir quotidiennement leur famille et de subvenir à ses besoins repose largement sur leurs épaules.

Les paysannes systématiquement désavantagées

Si le changement climatique, l’instabilité politique et la pauvreté aggravent encore leur situation, ce sont surtout les normes sociales et patriarcales qui pèsent lourd sur les femmes. Ce fléau systémique nuit à l’ensemble de la société, ralentit la croissance économique et engendre des coûts sociaux élevés.

Les paysannes jouent un rôle indispensable dans les systèmes agricoles des pays du Sud. Huit aliments sur dix qui se retrouvent dans nos assiettes sont récoltés par des femmes – mais sur dix hectares de terre, elles n’en possèdent même pas un et demi. Dans de nombreuses régions du monde, les femmes sont largement majoritaires dans l’agriculture. Un potentiel inexploité selon la FAO: si les paysannes bénéficiaient du même accès aux ressources, aux formations et aux crédits, nous pourrions réduire de 150 millions le nombre de personnes touchées par la faim dans le monde.

L'agroécologie renforce les femmes

C’est là que SWISSAID intervient avec une approche agroécologique globale fondée sur 14 principes. Cette méthode de culture durable renforce les femmes:

  • L’agroécologie mise sur des intrants organiques produits localement et sur des semences paysannes, une solution bien plus économique pour les paysannes que les semences industrielles, les engrais chimiques et les pesticides.
  • L’agroécologie donne une grande place au savoir-faire traditionnel autour des semences paysannes, et valorise ainsi le rôle des femmes, car ce sont majoritairement elles qui préservent et transmettent ces connaissances.
  • L’agroécologie encourage la culture d’aliments diversifiés et nutritifs pour la consommation personnelle, facilitant ainsi une responsabilité qui incombe souvent aux femmes.
  • Les savoirs agroécologiques se transmettent à travers des réseaux ; ces espaces permettent aux paysannes de s’impliquer dans leur communauté, de faire entendre leur voix et de s’entraider.

En bref: l’agroécologie est bien plus qu’une simple méthode de culture durable. Elle renforce l’autonomie des paysannes, leur donne une voix et un pouvoir de décision, garantit un accès équitable à la terre et aux ressources, et exige une répartition plus juste du travail domestique et familial.

Les obstacles rencontrés en pratique

Derrière la simplicité apparente se cache souvent un long combat. Les femmes du groupe «Bibi Fatima», dans l’Etat du Karnataka en Inde, ont emprunté ce chemin il y a plus de huit ans. Elles se sont regroupées pour relancer la culture de variétés traditionnelles de millet, bien adaptées au climat de la région, afin d’assurer une alimentation plus saine à leurs familles. Ce projet a donné naissance à une banque de semences, qui les libère de l’achat de graines industrielles coûteuses et non reproductibles, ainsi qu’à un petit atelier de transformation pour moudre la farine de millet. Elles ont également appris à fabriquer leurs propres engrais naturels, qu’elles parviennent même à vendre aujourd’hui.

Pourtant, le chemin a été semé d’embûches. Certaines femmes ont d’abord dû obtenir la permission de leur mari pour quitter la maison. D’autres devaient préparer les repas de la famille avant de partir à l’aube. Et si un enfant tombait malade, la réunion hebdomadaire était automatiquement annulée. Les tensions ont atteint leur paroxysme lorsque les femmes ont commencé à générer leurs propres revenus, gagnant ainsi en prestige et en influence. Beaucoup de maris ont alors vu leur rôle de chef de famille ébranlé, tandis que les communautés conservatrices accentuaient la pression pour défendre le modèle traditionnel.

Bibi Jan est paysanne et membre du groupe de femmes «Bibi Fatima». Elle estime que la collaboration entre SWISSAID, son organisation partenaire Sahaja Samrudha et les groupes de femmes locaux est très enrichissante pour l’autonomisation des femmes de la région.

«Wenn Frauen zusammenkommen, tauschen sie Wissen aus, unterstützen sich gegenseitig und stärken ihr Selbstvertrauen. Dieser  Zusammenhalt hilft Frauen sich Gehör zu verschaffen, bessere Entscheidungen zu treffen und Risiken zu mindern. In vielerlei Hinsicht verwandelt es individuelle Herausforderungen in gemeinsamen Fortschritt.»

Façonner l'avenir ensemble

Aux côtés de ses organisations partenaires, SWISSAID a facilité le travail des paysannes grâce à l’introduction de charrues manuelles ou de panneaux solaires, tout en proposant des formations en agroécologie et en commercialisation. Au-delà des solutions techniques, les aspects sociaux et culturels doivent être pleinement pris en compte: qui perçoit les revenus? Qui détient le pouvoir de décision? Quelle charge de travail pèse sur chacune et chacun?

Il est essentiel d’informer les femmes sur leurs droits sociaux, économiques et politiques, de les accompagner dans l’accès à la terre ou encore de développer leurs compétences en leadership. Parallèlement, nous sensibilisons les hommes aux questions de genre et au partage des responsabilités au sein du foyer, car un changement durable ne peut se construire qu’ensemble.

Nous sommes convaincus que l’égalité dans l’agriculture dépasse de loin la simple question d’équité: c’est la condition sine qua non d’un avenir résilient face aux crises. En garantissant aux femmes l’accès aux connaissances et aux ressources, nous renforçons l’un des piliers les plus essentiels de la sécurité alimentaire mondiale.

 

Images: Sri Kolari (Inde), Saywa Katarhy Masaquiza (Equateur), Ricci Shryock (Guinée-Bissau)