En Guinée-Bissau, l’agriculture est un moyen de subsistance essentiel. Or, les sols se dégradent à cause du changement climatique et de l’agriculture intensive. Un projet de SWISSAID soutient les femmes et les jeunes de régions rurales vers une meilleure sécurité alimentaire.
En bref
But
Le projet vise à améliorer la sécurité alimentaire et la résilience face au changement climatique, augmenter les revenus des ménages ruraux, renforcer l’autonomie des femmes et des jeunes et promouvoir une gestion forestière durable pour une meilleure protection des écosystèmes. Les mesures suivantes sont notamment prévues:
- Formation aux méthodes agroécologiques et agroforestières
- Travaux d’entretien et de protection dans les forêts communautaires
- Création d’une école en entrepreneuriat rural
- Mise en place de micro-crédits pour les femmes et les jeunes
- Sensibilisation à l’égalité des genres, renforcement du pouvoir de co-décision des femmes dans les zones rurales
Le projet est en partie soutenu financièrement par la DDC.
Munie d’une serfouette, Binto Conté travaille la terre de son champ d’où émerge un tapis de semis. Elle n’a pas toujours eu de sol si prospère. Comme d’autres paysannes et paysans, elle subit de plein fouet les effets du dérèglement climatique: «J’ai perdu des récoltes en raison de la chaleur et de l’humidité. Les conditions climatiques sont devenues plus imprévisibles et favorisent la prolifération de parasites», raconte-t-elle. Contemplant son champ en pleine pousse, elle explique avec fierté: «Je sais désormais lutter contre les ravageurs grâce à des pesticides biologiques et je peux cultiver des légumes toute l’année.» Avant, la paysanne de 43 ans n’arrivait pas à nourrir les douze membres de sa famille: «Nous avions de la difficulté à produire assez de nourriture. Le riz cultivé pendant la saison des pluies ne suffisait pas pour toute l’année.»

Dépendance à l’agriculture, sols menacés
En Guinée-Bissau, plus de deux tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. Une grande majorité dépend de l’agriculture pour sa subsistance. Dans les régions où SWISSAID intervient (Oio, Bafatá et Cacheu), environ 80% de la population travaille dans ce secteur.
Si ce pays d’Afrique de l’ouest est doté d’une biodiversité riche et de sols fertiles, ceux-ci sont menacés par différents facteurs. L’un d’eux est le changement climatique, comme l’illustre le témoignage de Binto Conté: les températures augmentent et les épisodes de sécheresse sont suivis de pluies extrêmement intenses.
Un autre facteur est la déforestation liée à la culture du riz et de la noix de cajou, deux ressources majeures de l’agriculture bissau-guinéenne. Ces monocultures détruisent les écosystèmes, rendant la population particulièrement vulnérable.
De meilleures récoltes et plus d’autonomie
Afin d’améliorer la sécurité alimentaire des communautés rurales et de renforcer leur résilience face au changement climatique, SWISSAID a lancé un projet qui encourage les femmes et les jeunes à utiliser des techniques agroécologiques et agroforestières. En outre, les participant-e-s sont formé-e-s à l’entreprenariat rural dans l’objectif de les rendre plus autonomes et de les sensibiliser à la protection des forêts. Parmi les 2000 participant-e-s, 90% sont des femmes dont 30% ont entre 18 et 35 ans, groupe fortement touché par le chômage.
Le projet de SWISSAID vise à réduire la dépendance aux monocultures, à diversifier et améliorer les rendements. Binto Conté, qui participe au projet, raconte: «J’ai appris des techniques d’agroécologie qui respectent les cycles naturels.» Ces nouvelles connaissances ont changé sa vie: la paysanne et sa famille ont davantage accès à des aliments variés et sains tout au long de l’année. Comme d’autres productrices et producteurs, elle a intégré de nouvelles cultures sur ses terres. Une alimentation variée diminue le risque de malnutrition et de maladies, en particulier chez les enfants.

«Devenir une grande entrepreneure»
Bien qu’elles représentent 54% de l’emploi agricole en Guinée-Bissau et jouent ainsi un rôle prépondérant dans ce secteur, les femmes ont peu voix au chapitre: le droit coutumier les empêche d’hériter de terres et elles sont absentes des organes de décision communautaires. Le projet vise ainsi à renforcer l’autonomie des femmes: grâce à la mise en place d’un système de crédit-épargne communautaire, dont les femmes sont les principales bénéficiaires, Binto Conté possède désormais son propre champ. Le revenu généré couvre une partie des dépenses du ménage.
Binto Conté, paysanne de 43 ans
«Je sais désormais lutter contre les ravageurs grâce à des pesticides biologiques et je peux cultiver des légumes toute l’année. Le projet promeut le rôle des femmes dans la production alimentaire, dans le renforcement de leur autonomie et la gestion des ressources. Mon but est d’accroître ma production et de devenir une grande entrepreneure.»
Et les femmes gagnent en pouvoir de co-décision: les comités de gestion des forêts comptent 60% de femmes. La paysanne constate les bénéfices pour elle et les femmes de la communauté: «Le projet promeut le rôle des femmes dans la production alimentaire, dans le renforcement de leur autonomie et la gestion des ressources». Vendant ses propres légumes, elle a appris à valoriser sa production et dépend moins des aliments importés.
Fière de contribuer à l’essor de la production locale, Binto Conté souhaite poursuivre sur cette voie: «J’aimerais accroître ma production et devenir une grande entrepreneure.» Et elle veut pouvoir correctement nourrir ses enfants et les voir grandir dans un environnement sain.
Crédits de l’image d’en-tête et des images dans le texte: Ricci Shryock