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Regards croisés sur les défis du monde paysan et l’agroécologie

Alors que les crises climatiques et économiques fragilisent le monde paysan, une question devient vitale : comment nourrir la planète sans l’épuiser? De la Suisse aux pays du Sud, l’agroécologie s’impose comme une réponse concrète pour restaurer la sécurité alimentaire et protéger notre environnement. Découvrez pourquoi cette approche, portée par SWISSAID, redéfinit l’avenir de notre agriculture et la dignité de celles et ceux qui nous nourrissent.

La colère paysanne qui résonne ces dernières semaines en Europe met une nouvelle fois en lumière les difficultés du monde paysan et les faiblesses de notre système alimentaire. Sécheresses, pluies diluviennes, conditions météorologiques instables: les conséquences du réchauffement climatique affectent et compliquent toujours davantage le travail des paysannes et des paysans. A ces difficultés s’ajoutent la concurrence de produits importés de l’étranger, les marges opaques des grands distributeurs, des consommatrices et des consommateurs très attentifs aux dépenses alimentaires en cette période de hausse généralisée des coûts, et des voix critiques envers les coûts des politiques agricoles.

Un constat global : Des défis communs, des terres partagées

Dans les pays défavorisés du Sud, les paysannes et paysans vivent aussi des réalités fort complexes. Elles et ils sont particulièrement vulnérables face au réchauffement climatique, alors qu’ils n’y contribuent guère. Dans la Corne de l’Afrique, l’absence importante de pluies depuis cinq ans empêche le monde rural de faire son travail et la nourriture manque cruellement. Dans cette région, une personne meurt de faim toutes les 36 secondes.

Au Tchad et au Niger, où SWISSAID intervient, de violentes pluies se sont abattues ces dernières années sur des terres totalement desséchées par les températures caniculaires. Des récoltes entières ont été détruites, aggravant l’insécurité alimentaire de ces pays déjà durement frappés par la pandémie de Covid et la guerre en Ukraine. En Asie de l’Ouest et dans les Caraïbes, la faim continue également à gagner du terrain. 

Une solution avec l’agroécologie

Des pistes existent pour améliorer la situation: produire et consommer local, favoriser les circuits courts et les cycles naturels, promouvoir l’utilisation de semences paysannes et locales, réformer en profondeur nos systèmes alimentaires et soutenir une transition vers une agriculture plus durable.  C’est ce que propose l’agroécologie

Pour SWISSAID, l’agroécologie est la solution durable pour améliorer la sécurité alimentaire. Cette approche est un pilier de son action pour un accès à une alimentation saine et en suffisance pour toutes et tous, et pour préserver durablement notre environnement. 

Au Nord : Le défi de la transition économiqueUne voix du Nord

Anne Chenevard, agricultrice vaudoise, est formelle, la profession d’agricultrice est exigeante à tous les niveaux: contrôles répétés sur les exploitations, consommateurs-trices qui demandent plus de qualité à moindre coût, distributeurs aux marges déraisonnables. En dépit de ces exigences, les paysannes et paysans touchent des revenus faibles et relativement peu d’aides gouvernementales, estime-t-elle. Or, «sans une vraie durabilité économique pour le producteur, on ne peut pas lui demander de faire plus avec moins.» 

La réponse à ces problèmes, elle la voit principalement dans une meilleure confiance entre les consommateurs, les producteurs et les politiciens, des formations de qualité et une politique agricole cohérente sur le long terme. Et l’agroécologie? «Nous aurions besoin pour cela non seulement d’un accompagnement technique mais également philosophique. Qu’est-ce qu’il y a derrière ce concept? Ou mène-t-il? On ne peut pas l’imposer, les paysan-ne-s doivent comprendre les bénéfices de cette pratique.» Ce n’est donc pas à reculons que la paysanne parle de l’agroécologie, mais avec une conscience de la réalité du terrain: la méthode implique de nouvelles manières de travailler, un nouveau cap, et il faut pour cela une disponibilité que les paysan-ne-s n’ont pas forcément. 

Visionnez la vidéo de la discussion en ligne

Au Sud : Un levier de survie et de dignité

La réalité du terrain, Aissé Barry la connait. Chargée de programme SWISSAID en Guinée Bissau, elle accompagne de nombreuses communautés paysannes qui ont décidé de se tourner vers l’agroécologie. Avec l’aide de SWISSAID, elles adoptent différentes méthodes plus durables comme les cultures mixtes, l’utilisation d’engrais naturel, une irrigation contrôlée ou encore l’agroforesterie. Et leur vie en est positivement impactée. «L’agroécologie permet aux paysan-ne-s d’améliorer la diversité et la qualité de l’alimentation, d’obtenir de meilleurs rendements, d’économiser sur les produits chimiques et les semences, et même sur les visites chez le médecin», explique-t-elle.

Conclusion : Repenser notre rapport au vivant

Au-delà des bénéfices individuels, les besoins d’une agriculture plus écologique pour la planète sont flagrants.

«On va au-delà de la limite de la durabilité écologique et sociale. Le changement climatique met la productivité sous pression. Nous devons repenser nos rapports avec la nature, puis repenser nos propres rapports entre humains», explique Bernard Lehmann, ancien directeur de l’Office fédéral de l’agriculture. Si pour lui l’agroécologie incarne une alternative crédible à nos moyens de production actuels, il ne néglige pas pour autant d’autres aspects du système. «Il ne sert à rien de produire plus ou mieux si l’accès à l’alimentation n’est pas amélioré et la population sensibilisée. Au Sud, il faut améliorer les conditions économiques et la situation de l’emploi pour que les personnes puissent manger en suffisance. Au Nord, il faut rappeler à la population le juste prix de l’alimentation et les encourager à mettre plus d’argent pour ça.»

Au fil de la discussion, il ressort qu’au Nord comme au Sud, les défis des personnes qui travaillent la terre restent les mêmes. Et aux quatre coins du globe, les chemins vers une agriculture plus durable semblent aller dans la même direction : la valorisation du consommer local, la réduction de produits importés, une protection des sols et des plantes, et de nouvelles générations formées et sensibilisées. L’agroécologie se base sur ces principes, et en ce sens est un acteur clé de la durabilité de notre planète. Mais Anne Chenevard tempère tout de même: «Beaucoup de paysan-ne-s utilisent déjà sans vraiment le savoir des concepts agroécologiques. La protection des sols et de l’érosion, la couverture de sol, la couverture verte…» Ainsi, il ne faut pas rayer tout ce qui n’est pas fait sous la bannière de l’agroécologie, mais repenser un vivre ensemble et une équité entre l’humain et la planète.

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