Monsieur Marty, expliquez-nous en quoi les mesures volontaires ou d’autorégulation actuelles, qui s’appliquent aux multinationales basées en Suisse, ne suffisent pas?

L’autorégulation n’est pas une solution, car elle est inutile pour les entreprises qui sont déjà attentives aux droits fondamentaux des populations locales – certainement une majorité – alors qu’elle est totalement inopérante pour celles dont le profit maximum à court terme est la seule règle de conduite.

Pensez-vous que la Suisse soit en retard au niveau des réglementations concernant les multinationales par rapport aux autres pays?

L’ONU, l’OCDE et le Conseil de l’Europe demandent aux États de prévoir des normes qui établissent le principe de la responsabilité des multinationales et le droit des lésés de faire valoir le droit à un dédommagement. Nous sommes le pays avec la plus haute concentration de sièges de multinationales, nous avons un devoir d’agir, dans l’intérêt même de notre pays. D’autres pays l’ont déjà fait, pour ne pas parler du droit américain de la responsabilité civile.

Comment expliquez-vous que le secteur économique soit divisé par rapport à cette initiative?

Les entreprises typiquement suisses – comme Migros, Coop ou Manor – ont soutenu un contre-projet qui allait dans le sens de l’initiative. Ce sont les multinationales, avec un actionnariat suisse absolument minoritaire, qui ne veulent aucune règle. Parmi les actionnaires influents de ces dernières, il y a souvent des fonds spéculatifs.

En quoi la proposition du Conseil fédéral n’est-elle pas suffisante?

Cette solution n’est qu’une coquille vide, elle ne veut rien dire, sinon que les entreprises peuvent écrire ce qu’elles veulent dans leur rapport annuel. Nous vivons le même scénario que pour le blanchiment d’argent: on a laissé aux banques le soin de s’arranger entre elles et il y a fallu toute une série de scandales pour finalement adopter une loi.