Le nouvel ouvrage de l’historien Peter Hug, «Humanitäre Hilfe der Schweiz für SS-Kriegsverbrecher. Zur Errichtung einer völkischen Siedlerkolonie in Brasilien, 1949–1952/59», a été publié en mai 2026. Cette publication relate le transfert au Brésil de 2446 «Souabes du Danube»* au début des années 1950. Parmi eux se trouvaient 16 membres de la SS (Schutzstaffel, organisation paramilitaire, policière et militaire du Troisième Reich). Ce projet d’émigration a été rendu possible par la collaboration entre la Confédération et plusieurs œuvres d’entraide suisses. L’étude montre à quel point l’aide humanitaire, les intérêts politiques et les considérations économiques étaient étroitement imbriqués à cette époque.

De quoi s'agit-il?

Les «Souabes du Danube» ont émigré entre mai 1951 et février 1952 au Brésil pour y fonder une colonie de peuplement. L’objectif était d’y développer une agriculture intensive mécanisée. Afin de pouvoir vendre les terres aux futurs colons, la population locale a été expropriée par l’État brésilien et utilisée comme main-d’œuvre bon marché.

Le projet a été mis en œuvre par l’Aide suisse à l’Europe – l’association faîtière de diverses œuvres d’entraide de l’époque -, ainsi que ses organisations membres Caritas et l’«Œuvre suisse d’entraide ouvrière».

La Confédération, chargée de superviser l’Aide suisse à l’Europe, a approuvé le projet sans examen approfondi car il offrait à la fois des avantages économiques et politiques. Le Brésil, qui souffrait alors d’une pénurie de devises, accorda à la Suisse des contingents d’exportation d’une valeur de 31 millions de francs suisses. Le Conseil fédéral s’engagea à fournir une garantie fédérale globale, conditionnée à la réussite économique du projet.

Le projet s’est rapidement avéré être un désastre financier. La Confédération a dû injecter à plusieurs reprises des sommes importantes. Les recherches montrent que des pots-de-vin considérables ont été versés dans le cadre de la réalisation du projet.

Où en sommes-nous aujourd'hui?

Avec cette publication, SWISSAID assume sa responsabilité historique et condamne les graves fautes commises. Portant le nom de SWISSAID depuis 1969, l’organisation a d’abord œuvré en tant qu’Aide suisse à l’Europe, avant de devenir l’Aide suisse à l’étranger. La manière dont ont été sélectionnés les bénéficiaires de l’époque va à l’encontre des principes humanitaires. Notamment le principe selon lequel l’aide doit être fournie prioritairement aux personnes dans le besoin, sans tenir compte de leur origine, religion ou idéologie politique. Les contrôles et les vérifications étaient insuffisants, permettant entre autres à d’anciens membres de la SS de participer au projet.

La coopération suisse au développement s’est depuis largement distancée des pratiques de l’époque: des règles de gouvernance strictes, associées à une sélection neutre et transparente des bénéficiaires, garantissent une évaluation rigoureuse des risques et des conséquences en amont de chaque projet. De manière générale, l’expérience nous a appris que la coopération au développement n’est efficace que lorsqu’elle est ancrée dans le contexte local et qu’elle répond aux besoins de la population concernée.

SWISSAID n’est pas à l’abri d’erreurs. Il est donc essentiel de tirer des enseignements du passé et continuer à évoluer.

* «Souabes du Danube» (Volksdeutsche): terme générique désignant les populations allemandes qui furent systématiquement installées au XVIII siècle dans le Royaume de Hongrie de l’époque par la monarchie des Habsbourg. Les colonies de peuplement se situaient le long du Danube, d’où le terme « Souabes du Danube ». La monarchie des Habsbourg souhaitait ainsi peupler de personnes germanophones les territoires qu’elle avait reconquis.

Le livre «Humanitäre Hilfe der Schweiz für SS-Kriegsverbrecher. Zur Errichtung einer völkischen Siedlerkolonie in Brasilien, 1949–1952/59» est disponible aux éditions Chronos. ISBN 978-3-0340-1856-2

Photo de couverture: des participant-e-s au projet d’émigration au Brésil en train de cultiver des champs.