Mariana Córdoba, pourquoi la violence basée sur le genre constitue-t-elle une problématique urgente en Colombie ?
Rien qu’en 2025, plus de 83 cas de violences contre les femmes et plus de 600 féminicides ont été recensés dans le pays. La violence basée sur le genre prend de multiples formes : violences physiques et sexuelles, dépendance économique, contrôle social ou encore pressions psychologiques. Pour ces raisons, il est essentiel d’autonomiser les femmes politiquement et économiquement, de lutter contre la normalisation de ces violences et de transformer les schémas sociaux qui les perpétuent. La stratégie colombienne de consolidation de la paix ne peut être efficace que si elle s’attaque directement à ces enjeux, afin que les femmes puissent exercer pleinement leurs droits et vivre en sécurité dans leurs communautés.
Comment cette violence se manifeste-t-elle dans les zones où SWISSAID intervient ?
Les femmes vivant en zone rurale en Colombie font face à un ensemble de défis profondément imbriqués. Le patriarcat et le machisme continuent d’influencer fortement les relations sociales. Des facteurs tels qu’une industrie minière dominée par les hommes, l’alcoolisme, ou encore l’héritage laissé par des décennies de conflits armés renforcent des modèles de masculinité fondés sur le contrôle, l’autorité et la peur. Concrètement, les hommes sont perçus comme les décideurs, tandis que les femmes restent silencieuses et sont maintenues dans une dépendance économique.
Cette situation place les femmes dans une position extrêmement vulnérable : elles disposent rarement d’un accès à la terre ou d’opportunités économiques. À cela s’ajoutent un manque de soutien institutionnel, souvent lent ou inefficace, ainsi que des difficultés liées à l’isolement géographique et, dans certaines régions, l’existence de guerres informelles menées par des acteurs armés locaux ou des élites économiques.
C’est une situation complexe. En quoi les discriminations auxquelles les femmes sont confrontées sont de nature intersectionnelle ?
La discrimination subie par les femmes en zones rurales est amplifiée lorsque celles-ci appartiennent à des groupes marginalisés, notamment les femmes autochtones, afro-descendantes ou en situation de handicap. Elles ne font pas face à des incidents isolés de violence : elles se heurtent à un système dans lequel la culture normalise le contrôle et où les conditions économiques limitent leur autonomie.
Une jeune femme de Sucre me confiait récemment qu’elle dépend entièrement de son partenaire pour des dépenses de base comme la nourriture ou le transport. Dans ces circonstances, quitter une relation abusive peut sembler tout simplement impossible.
