Des villageois construisent eux-mêmes leur système d’alimentation en eau

Des tuyaux de plusieurs kilomètres, du travail et de l’argent: voilà ce qu’il faut pour permettre à 434 familles de paysans vivant à 2900 mètres d’altitude d’accéder à l’eau potable.

A San Jorge, communauté des Andes équatoriennes, le progrès est arrivé il y a 30 ans. A l’époque, les paysans avaient construit un système d’alimentation en eau potable. Un fontainier veillait au bon fonctionnement et réparait ce qui devait l’être, tandis que la personne chargée de collecter la contribution financière de chacun poursuivait les mauvais payeurs. Mais aujourd’hui, l’eau ne coule presque plus, d’où le peu d’empressement des 430 foyers à s’acquitter de la redevance mensuelle de 2 dollars. D’autant qu’à San Jorge – village perché à 2900 mètres d’altitude au milieu d’un paysage sauvage et montagneux – 9 habitants sur 10 vivent dans la pauvreté, selon les statistiques nationales.

SWISSAID mène dans la région un projet destiné à promouvoir l’agriculture basée sur des principes agroécologiques. Il était donc naturel qu’elle aide les paysans à reconstruire leur système d’adduction d’eau. L’équipe chargée de l’eau au bureau de SWISSAID en Equateur a pu s’inspirer d’un scénario qui a maintes fois fait ses preuves lors de l’installation de tels systèmes.

Un processus en plusieurs étapes

En Equateur, le processus de construction d’une alimentation en eau est assez complexe, y compris sur le plan juridique, ce qui contribue aussi à en assurer la pérennité. A San Jorge, certaines étapes ont toutefois pu être ignorées. En effet, un comité d’eau efficace existait déjà avant la construction du nouveau système d’adduction, et les autorisations ainsi que les concessions nécessaires à l’exploitation des quatre sources avaient déjà été obtenues.

Au cours d’une première phase, le comité s’est réuni au printemps avec les usagers et a reporté sur une carte le futur tracé de la conduite, les réservoirs et les maisons des consommateurs. Pour cette étape, certaines communautés sont accompagnées sur les plans technique et organisationnel par un spécialiste de SWISSAID.

Lorsque les objectifs font l’unanimité, un ingénieur hydraulicien se rend sur le terrain en compagnie des responsables. Il peut alors dessiner les plans et établir un devis. Dans le même temps, une analyse chimique et bactériologique de l’eau est réalisée.

Les villageois payent la moitié

Lors d’une assemblée, l’ingénieur présente alors aux usagers le projet fini et le calcul des coûts. Il fournit à la population un relevé détaillé de la contribution attendue, aussi bien sur le plan financier qu’en termes de travail. Une fois que les partenaires sont d’accord, le comité réunit la somme demandée et la transfère sur un compte bancaire. Les véritables travaux peuvent alors commencer. A San Jorge, l’ingénieur a informé les membres de la communauté le 24 juillet. A peine trois semaines plus tard, les fonds se trouvaient sur le compte.

Les projets d’approvisionnement en eau sont toujours associés à des conditions claires, exposées avec précision dès le début: SWISSAID apporte l’expertise technique et organisationnelle et supporte 90% des coûts engendrés par l’achat de tuyaux, d’armatures et d’autres accessoires. La communauté prend à sa charge les 10% restants en espèces et met gratuitement à disposition les autres matériaux nécessaires ainsi que la main-d’oeuvre.

A San Jorge, les coûts se montent au total à 210'000 dollars. SWISSAID en verse 105'000, la communauté 11'700. Mais si l’on inclut les matériaux locaux et le travail, San Jorge contribue également à hauteur de 105'000 dollars.

46 kilomètres et 8 réservoirs à flanc de montagne

Comment se fait-il qu’un village puisse fournir une telle contribution? Cet exploit est dû à la «minga», une forme de travail communautaire pratiquée par les Incas et reprise par les colonisateurs espagnols. Aujourd’hui considérée comme un instrument d’entraide, celle-ci demeure une tradition toujours vivante dans les campagnes.

Dès le mois de septembre, les hommes et les femmes de San Jorge se sont munis de pelles et de pioches pour commencer à creuser les premières tranchées destinées à accueillir les canalisations. Leur projet est ambitieux: le réseau de distribution s’étend sur 46 kilomètres. S’ajoute à cela un tuyau long de 2,5 km reliant la zone de captage de l’eau au principal réservoir de distribution. Par ailleurs, les fondements de huit réservoirs doivent être réalisés. L’installation du tuyau est complexe sur le plan technique, car elle se fait sur un terrain très escarpé.

Quel prix pour l’eau?

Tandis que certains se mettent au travail, le comité discute de la tarification. Dans l’ancien système, la consommation d’eau n’était pas mesurable. Les gens n’étaient donc guère encouragés à faire un usage parcimonieux du précieux liquide. Désormais, toutes les maisons seront équipées d’un compteur. Comme auparavant, le forfait de base sera de 2 dollars. Mais au-delà, chaque mètre cube sera facturé 1 dollar. En fixant une consommation de base, le comité veut s’assurer que les plus démunis ne seront pas laissés-pour-compte.

Car les personnes très pauvres sont nombreuses à San Jorge. Parmi elles figurent notamment les retraités qui, il y a 30 ans, ont construit le premier système d’alimentation en eau de la commune. Chaque mois, ceux-ci ne perçoivent que 50 dollars, ce qui ne suffit pas pour vivre, même en Equateur.

Pas d’immigration économique à San Jorge

Les familles de San Jorge vivent de l’agriculture, essentiellement de la culture du maïs. Heureusement, celui-ci est de très bonne qualité et peut donc être récolté avant maturité afin d’être transformé en «choclo», un aliment très prisé dans les villes. C’est pourquoi la migration économique est faible au village: on y croise de nombreux hommes et femmes en âge de travailler. Le nouveau système d’alimentation en eau aidera à faire de San Jorge un lieu encore plus agréable dont les habitants ne voudront plus partir.