Table-ronde sur Glencore au Tchad à Berne et à Genève: «En tant que 'trading hub', la Suisse a une responsabilité particulière»

Le 13 juin à Berne et le 14 juin 2017 à Genève, SWISSAID a organisé avec succès deux conférences à l’occasion de la publication de son rapport sur les activités de Glencore au Tchad et la nécessaire transparence en Suisse, qui représente une des principales places de négoce du matières premières au monde.

«Avant, nous étions pauvres, aujourd’hui, nous vivons dans la misère». Pour ouvrir les deux conférences à Berne et Genève, la directrice de SWISSAID Caroline Morel a rappelé ce témoignage d’un paysan tchadien, qu’elle avait recueilli sur place. Le rapport de SWISSAID publié le 12 juin 2017 contient d’autres témoignages allant dans le même sens: «Nous préférerions que le pétrole n’ait jamais été découvert», a ainsi déclaré Emmanuel Mbaire-Onruel, qui vit dans la zone pétrolière où Glencore exploite le pétrole du Tchad.

Lorenz Kummer, expert en matières premières de SWISSAID, co-auteur de l’étude, a présenté ses principales conclusions, graphiques à l’appui, ainsi que les recommandations, adressées aux autorités suisses, au groupe multipartite du Tchad qui réunit, dans le cadre de l’ITIE (Initiative pour la transparence des industries extractives) des représentants de l’Etat, des entreprises, de la société civile, des organisations internationales; ainsi qu’à Glencore. «A quoi ont été utilisés les 13 milliards de dollars versés par Glencore aux autorités tchadiennes?», a-t-il par ailleurs demandé, tout en relevant que la population tchadienne n’en as que peu bénéficié.

«Une telle conférence doit être organisée à N’Djamena»

«Cet argent n’a pas servi à booster le développement du pays, a aussitôt rétorqué un syndicaliste tchadien, présent dans le public à la conférence de Genève. Il n’a servi à rien, et entre dans la poche d’individus, proches ou membres de la famille du président.» Plusieurs membres de la diaspora tchadienne et représentants officiels ont également pris la parole, chacun faisant valoir son point de vue. Plusieurs d’entre eux ont appelé de leurs vœux l’organisation d’une conférence similaire à N’Djamena.

«En écoutant nos amis tchadiens, nous constatons que la situation au Tchad est complexe, a relevé Stéphane Graber, responsable du STSA (Swiss Trading and Shipping Association - STSA), qui représente les intérêts de la branche suisse du négoce. Nous devons collaborer ensemble, à tous les niveaux, car ce n’est pas une simple loi sur la transparence en Suisse qui va changer les choses». Selon lui, le secteur des matières premières en Suisse a compris qu’il s’agit d’évoluer et prend ses responsabilités.

L’argent des matières premières pour financer écoles et hôpitaux

Laurent Matile, d’Alliance Sud, a volontiers reconnu des prises de position courageuses de la part du STSA. «Avec quelque 500 sociétés actives dans le négoce, en tant que 'trading hub',  la Suisse doit prendre ses responsabilités dans ce secteur», a-t-il insisté, tout en rappelant les principes de l’Initiative pour des multinationales responsables, également soutenue par SWISSAID, visant à exiger des multinationales ayant leur siège en Suisse qu’elles respectent les droits humains et l’environnement. Cette initiative sera soumise au peuple suisse en 2018. Quant à Gian-Valentino Viredaz de Public Eye, auteur d’une analyse de données sur la transparence dans les paiements, il a souligné qu’«avec davantage de transparence, l’argent des matières premières pourrait financer des hôpitaux et des écoles dans les pays producteurs».