Une cohabitation apaisée entre communautés

Dans le sud du Tchad, la cohabitation de la population avec des milliers de réfugiés et de «retournés» génère de vives tensions. Les actions de l’APLFT, soutenue par SWISSAID, contribuent à les apaiser et à résoudre les conflits entre les communautés.

Sur le site de Maïngama, près de la ville de Maro, au sud du Tchad, des milliers de personnes d’origine tchadienne, revenues au pays après avoir fui les violences en République centrafricaine (RCA) toute proche – et donc appelées les «retournés» par la population – vivent dans des conditions extrêmement précaires. Celles-ci se sont encore dégradées avec le départ progressif des organisations humanitaires. Pourtant, le Tchad figure parmi les 10 pays au monde accueillant le plus grand nombre de réfugiés.

De nombreux réfugiés au Tchad

«Certains ont tout perdu et vécu des traumatismes. Ils ne veulent plus retourner en RCA. La préoccupation maintenant c’est de leur trouver des terres», explique Adimadje Otoibe, délégué régional de l’APLFT, l’Association pour la promotion des libertés fondamentales au Tchad, partenaire de SWISSAID. Dans un contexte où les ressources naturelles – espaces cultivables, pâturages, bois, eau – étaient déjà rares, cet afflux de retournés additionné aux plus de 60 000 réfugiés vivant dans la région attise les tensions avec la population hôte. «La population les voit comme des gens qui viennent occuper leurs terres. Les gens sont mécontents qu’on assiste les ‹retournés› mais pas eux.» Les «retournés» du site de Maïngama, qui s’étend sur 10 km de long et 1 km de large, sont victimes de diverses discriminations et d’exactions: «Les éleveurs dévastent les champs que nous cultivons et nous disent: vous n’êtes pas d’ici, ce n’est pas votre terre, restez dans vos tentes», témoigne l’un d’eux.

Des activités culturelles pour apprendre le respect

Afin d’apaiser les tensions, l’APLFT a mobilisé un coordinateur et 5 cliniciens mobiles, tous juristes, qui se déplacent dans la région pour proposer une assistance juridique gratuite à celles et ceux qui en ont besoin. L’association accompagne en justice les victimes de violences et assiste les personnes d’origine tchadienne de retour dans leur pays dans leurs démarches pour obtenir leurs actes de naissance et des cartes d’identité. Sur le site de Maïngama et à Maro, des activités sportives et culturelles sont organisées pour les jeunes, pour leur apprendre à se comprendre et à se respecter, avec d’excellents résultats. Des représentations théâtrales sur les conflits entre éleveurs et agriculteurs, les mariages précoces et les violences conjugales ont attiré jusqu’à 500 personnes. «Et ça marche», explique Safia Mahamat, une jeune «retournée» formée comme relais communautaire par l’APLFT. «Les gens se sont regardés comme dans un miroir, cela permet de changer les mentalités, les comportements.» Il y a quelques mois, l’association a également organisé un forum sur la cohabitation pacifique. «Avant, on avait peur d’aller vers les villages environnants. Ce forum nous a donné le courage d’aller les rencontrer», témoigne Yahaya Youssouf, délégué d’un village du site de Maïngama. De quoi redonner de l’espoir à l’ensemble de la population.