Un ingénieux système de «crédit-stockage» favorise l’essor des villages

Les petits producteurs nigériens doivent le plus souvent vendre leur récolte à prix cassé, dans l’incapacité qu’ils sont de la stocker et d’attendre que les prix remontent. Le «warrantage», ou «créditstockage», leur permet d’en tirer un meilleur revenu, tout en recevant sans délai de l’argent comptant comme fruit de leur labeur.

C’est la population concernée qui se charge de construire les hangars de stockage, en matériaux locaux. Tandis que SWISSAID appuie la touche finale avec le toit, les portes et les fenêtres; ainsi que la création d’un fonds d’achat de départ et la formation d’un comité de gestion.

Un double gain, sans risques

C’est juste après la moisson, entre octobre et décembre, lorsque les prix sont au plus bas, que les femmes et les hommes du village déposent dans le hangar une partie de leur récolte. Ils en reçoivent alors 80% de la valeur sous forme de prêt, qu’ils vont faire prospérer en mettant sur pied des activités génératrices de revenus. Six mois plus tard, lorsque les vivres se font rares dans les greniers, et sont hors de prix sur les marchés, chacun rembourse son prêt, récupère sa production, pour la vendre avec une belle plus-value. Ou alors opte pour une consommation familiale, échappant ainsi aux prix forts atteints par les céréales à cette période de l’année.

«Auparavant, juste après les récoltes, nous vendions à vil prix une partie de notre production. Avec le warrantage, j’ai pu démarrer un élevage de moutons qui m’a permis de rembourser mon prêt; puis j’ai vendu mes gombos au double du prix que j’aurais obtenu 6 mois plus tôt; j’ai enfin récupéré mes deux sacs de mil pour le manger en famille», témoigne Salamou Malam, présidente de l’Union des producteurs de Tanchiley, dans la commune d’Abala.

Hommes et femmes parties prenantes

Ce système de «crédit-stockage» est particulièrement bien adapté au contexte local. Ni le groupement villageois ni les membres ne prennent de risques: les produits déposés constituent une garantie pour le crédit. Si quelqu’un ne peut rembourser son prêt, ses sacs sont vendus par le groupement qui récupère son dû et lui remet le surplus.

Six hommes de la région d’Abala ont mis du mil qu’eux-mêmes cultivent à la disposition de leurs épouses qui n’en avaient pas, afin qu’elles puissent participer à une opération de «créditstockage». Une fois le prêt octroyé, ces femmes ont pu développer librement des activités génératrices de revenus de leur choix, et participer d’égal à égal à la gestion de l’économie familiale. Après remboursement du prêt, le mil a été consommé en famille.