Trois conférences sur les OGM et l’Afrique, à Genève, Lausanne et Berne

Trois conférences sur les OGM et l’Afrique, à Genève, Lausanne et Berne

Le Burkina Faso fut pendant des années la vitrine du coton génétiquement modifié en Afrique de l’Ouest. Las, l’expérience a tourné au désastre. Aline Zongo a donné trois conférences à Genève, Lausanne et Berne pour expliquer cette véritable saga.

Aline Zongo est la responsable de la COPAGEN au Burkina Faso, la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain, active dans la plupart des pays ouest-africains, et soutenue par SWISSAID au niveau régional. A ce titre, elle a suivi de près la saga du coton génétiquement modifié dans son pays, devenu la vitrine de la firme américaine Monsanto en Afrique de l’Ouest, laquelle y invitait des délégations venues de pays voisins pour vanter les mérites de son coton Bt génétiquement modifié.

Des promesses non tenues

«Monsanto a fait de nombreuses promesses aux paysans, parmi lesquelles une augmentation de 30% de la production, et une diminution des pulvérisations d’insecticide», a expliqué Aline Zongo lors de la conférence co-organisée par l’association SWISSAID Genève, le 8 novembre à l’hepia, l’école d’agriculture de Genève, aux côtés de Lucas Luisoni et Nicolas Delabays, enseignants au sein de la filière agronomie. Si, au début, les pulvérisations d’insecticides ont bien diminué, et passé de 6 à 2, cela n’a pas duré, a-t-elle cependant constaté: «Le coton Bt de Monsanto a rapidement dû être soumis à autant, voire plus, d’insecticides que le coton conventionnel»

Autres déboires: tandis que la production n’augmentait pas, c’est la qualité même du coton qui partait en vrille: la longueur de la fibre a rétréci, la couleur est devenue moins éclatante. Résultat: le coton burkinabé, réputé pour sa qualité avant de passer au transgénique, ne se vendait plus, ou très mal, sur le marché international. «Les sociétés cotonnières ont perdu beaucoup d’argent, tout comme les paysans. Elles ont décidé de stopper immédiatement avec le coton Bt et d’exiger des dédommagements à Monsanto», a expliqué Aline Zongo, devant des étudiants venus l’écouter à l’Université de Lausanne (Unil), lors d’une conférence co-organisée avec le foraus-Lausanne le 9 novembre.

Erreur de Monsanto

A l’Unil,  le professeur Klaus Ammann de l’Université de Berne a déploré que «Monsanto soit souvent considéré comme le diable», ce qu’a contesté la conseillère nationale vert’libérale Isabelle Chevalley, dr en sciences: «Nous ne nous basons que sur des faits, a-t-elle rétorqué. Et l’introduction du coton Bt de Monsanto au Burkina Faso a représenté une catastrophe pour les paysans», a-t-elle constaté, elle qui se rend régulièrement dans ce pays. Le professeur Ammann, fervent défenseur des OGM, a toutefois reconnu «qu’au Burkina Faso, le temps des tests, entre le développement et l’introduction du coton transgénique était trop court, et qu’il s’agissait là d’une erreur de Monsanto».

Après le coton, le maïs, le sorgho, le niébé transgéniques?

Le Professeur Klaus Ammann croit cependant savoir que Monsanto reviendra au Burkina Faso avec une nouvelle variété de coton transgénique. «Le coton transgénique a été banni, et la dernière récolte, avec du coton conventionnel, a été excellente», s’est réjoui Aline Zongo. Lors de la conférence, également organisée par SWISSAID, à laquelle elle a participé le 10 novembre à Berne, aux côtés de plusieurs intervenants internationaux, elle a cependant fait part de ses craintes pour l’avenir: si le coton Bt de Monsanto est pour l’instant écarté, des recherches et des essais se poursuivent sur le maïs, le haricot (niébé) et le sorgho dit «biofortifié». «Ces trois produits alimentaires font partie de l’alimentation de base au Burkina Faso. C’est totalement irresponsable de nous les imposer dans nos assiettes, sans qu’on connaisse les risques sanitaires que cela fera courir aux populations». Pour elle, visiblement, le combat n’est pas terminé.

Photo: Aline Zongo (à gauche) et Isabelle Chevalley