Sans changement de cap, le «Titanic» va sombrer

Sans changement de cap, le «Titanic» va sombrer

Un changement de cap urgent est nécessaire dans le domaine de l’agriculture globale. SWISSAID, Biovision et le CDE de l’Université de Berne ont invité la délégation suisse qui sera présente au sommet de la Terre Rio+20 à un symposium organisé à l’EPF de Zurich. La délégation a ainsi pu entendre le message promu lors de la conférence: l’agriculture durable doit devenir le principe de base de l’économie verte.

Hans Herren, président de Biovision, était en colère au début du débat : il venait d’apprendre que la référence au rapport «Agriculture at a crossroads» ainsi que la commission pour la souveraineté alimentaire avaient été supprimées du nouveau projet de déclaration finale du sommet de Rio+20. C’est une mauvaise décision, selon Herren, puisque le sommet de Rio ne sera un succès seulement si l’agriculture écologique et familiale était mise à la base de l’économie verte, au cœur des débats à Rio.

L'agriculture bio aussi efficace que la production industrielle

Les organisateurs du symposium, SWISSAID, Biovision et le Centre for Development and Environment (CDE) de l’Université de Berne demandent instamment à la délégation suisse de faire en sorte qu’ils s’engagent, à Rio, pour un changement de cap de l’agriculture globale. Martin Dahinden, directeur de la DDC (Direction de la coopération et du développement) a également reconnu que l’agriculture écologique pouvait atteindre un rendement aussi haut que la production industrielle. Quant à savoir si ce point de vue s’imposera à Rio, c’est une toute autre histoire. En effet, l’influence du riche secteur de l’agrobusiness, qui profite pour le moment du système dominant, est toujours plus forte.

Carlos Marentes, de l’organisation de petits paysans «Via Campesina» a également rendu les 300 spectateurs attentifs à cette même problématique: «Les entreprises alimentaires veulent avant tout faire du profit, pas assouvir nos besoins.» Comme alternative, «Via Campesina» propose le concept de souveraineté alimentaire, qui repose sur le respect de la nature et les décisions collectives de petits paysans. Christine Bühler, présidente de l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales, a fait remarqué que les femmes doivent être mieux intégrées dans ces processus de décisions et renforcer leur droit foncier.

Il faut mutualiser les coûts

La directrice de SWISSAID, Caroline Morel, a souligné les effets négatifs du boom des agrocarburants, au détriment desquels, dans de nombreux pays du Sud, la production de denrées alimentaires diminue : «Il n’est pas possible que de l’énergie soit produite en lieu et place de denrées alimentaires.» Pour Sibyl Anwander de la Coop, une partie du problème réside dans l’inadéquation des coûts structurels: les produits bio ne sont pas assez chers et les aliments produits de manière industriels trop bon marché, alors qu’une partie de leurs coûts – pollution ou conséquences sur la santé – sont supportés par la collectivité publique.

Des solutions existent

Au final, les différents participants se sont mis d’accord: un changement de paradigme dans l’agriculture est nécessaire. Il faut s’éloigner des monocultures industrielles pour se diriger vers une production familiale, écologique et socialement durable. Angela Hilbeck, agroéconomiste à l’EPFZ a cependant mis en garde: 20 ans après le premier sommet de Rio, bien que les solutions au problème existent, il manque une volonté commune de mise en œuvre. Dans les 20 prochaines années, nous n'avons pas d'autre choix que d'arriver à ce «fichu succès» a ajouté Hilbeck: «Car sans changement de cap, le Titanic, sur lequel nous sommes tous assis, va vite sombrer.»