Souveraineté alimentaire

Dans le monde, 800 millions de personnes continuent de souffrir de la faim bien que l’on produise suffisamment de nourriture. Ce qui est particulièrement choquant, c’est que les deux tiers d’entre elles vivent à la campagne, précisément là où nos denrées alimentaires sont produites. L’un des problèmes principaux vient du fait qu’elles n’ont pas voix au chapitre. SWISSAID mène un combat en faveur de la souveraineté alimentaire qui confère aux peuples le droit de définir leur politique agricole et alimentaire et de produire leur alimentation de manière écologique, sociale et locale.

Croissance de la population, changements climatiques, ressources naturelles limitées, demande en agrocarburants et consommation croissante de viande sont autant de défis pour la production alimentaire mondiale. De plus, des problèmes structurels tels qu’un manque d’investissement dans la recherche et le conseil en matière d’agriculture ainsi que la spéculation sur les terres agricoles et les denrées alimentaires aggravent la situation. Les prix des aliments de base augmentent et les crises alimentaires sont de plus en plus fréquentes. Dans les pays en développement, les familles en subissent les lourdes conséquences, devant dépenser jusqu’aux trois quarts de leur revenu pour l’alimentation. Mais une chose est sûre: les paysannes et les paysans doivent obtenir un prix raisonnable pour leurs produits de manière à pouvoir sortir du cercle vicieux de la pauvreté et de la faim.  

Souveraineté alimentaire: chaque pays possède son agriculture

Les parlements, les citoyens et les paysans voient leur pouvoir de décision diminuer. Que produit-on, pour qui et à quelles conditions? La question est de savoir comment rompre la relation de dépendance dangereuse qui lie la sécurité alimentaire au marché mondial, à l’influence des grands investisseurs et des spéculateurs et à une économie axée exclusivement sur l’exportation. Dans un tel contexte, comment faire appliquer le droit à l’alimentation?

La Via Campesina, la plus grande association de petits paysans dans le monde, propose le concept de souveraineté alimentaire en guise de réponse à ces questions. Ce concept introduit un changement clair de paradigme et se fonde sur les principes suivants:

- L’agriculture vise principalement à subvenir durablement aux besoins de sa population, c’est-à-dire à générer une production locale et régionale.

- Les droits de douane fonctionnant comme des instruments de régulation sont justifiés s’ils protègent les denrées alimentaires produites durablement et localement des produits bon marché importés et fabriqués dans des conditions qui nuisent à l’homme et à l’environnement.

- Les subventions à l’exportation doivent être abolies: le dumping sur les prix des produits exportés a souvent pour effet de détruire la production locale car les denrées alimentaires produites localement ne peuvent pas supporter une telle concurrence sur les prix. Les importations de riz au Ghana et de poulet européen au Cameroun ont eu cet effet.

- L’agroécologie nous fournit un instrument pour atteindre les objectifs de la souveraineté alimentaire.

- Garantir l’accès aux ressources naturelles telles que la terre, l’eau, la forêt et les semences, respecter les droits des familles de paysans et la justice sociale sont les principes à la base de la souveraineté alimentaire.

- La souveraineté alimentaire n’équivaut pas à l’autarcie. Le commerce international équitable est indispensable dans certains cas. Mais il ne doit pas être la priorité première de la politique agricole ni se pratiquer au détriment de la production des denrées alimentaires destinées à la population locale.

La souveraineté alimentaire confère aux Etats et à leur population le droit de définir leur propre politique commerciale et agricole en tenant compte des conditions écologiques, économiques et culturelles qui leur sont propres. Concrètement, la souveraineté alimentaire renforce la petite agriculture et les familles qui la pratiquent ainsi que les systèmes locaux de production, d’exploitation et de commercialisation.

Penser globalement et agir localement est toujours d’actualité au Sud comme au Nord. Consommer des produits locaux, de saison, écologiques et issus du commerce équitable contribue à rendre le monde plus juste.