Retour sur les conférences sur la transparence dans le secteur minier

Retour sur les conférences sur la transparence dans le secteur minier

Une norme mondiale en matière de transparence dans le secteur des matières premières est en cours de réalisation. Et, en tant que principale place mondiale du négoce des matières premières, la Suisse doit y prêter la plus grande attention. Un avis partagé par tous les conférenciers présents lors de deux congrès de SWISSAID à Berne et à Genève, qui ont fait salle comble. Toutefois, les avis ont divergé sur la manière de réguler ce secteur. Pour SWISSAID, c’est clair: la Suisse doit assumer ses responsabilités et présenter une feuille de route qui comprenne un mélange habile de mesures juridiques contraignantes et de mesures appliquées de manière volontaire par les différents acteurs.

«La Suisse doit prendre la direction des opérations et commencer à réguler le négoce des matières premières», a déclaré Marinke van Riet, directrice de la coalition internationale d’ONG «Publish What You Pay» (PWYP), à l’occasion d’une conférence de presse organisée à Berne. Même exigence exprimée à l’adresse de la Suisse du côté de la société civile internationale, lors des deux manifestations sur la transparence du négoce des matières premières, qui ont rencontré un succès sans précédent aussi bien à Genève qu’à Berne.

Lors de la manifestation genevoise – organisée conjointement par SWISSAID et par l'Association genevoise du négoce et de l'affrètement (GTSA), qui représente quelque 80 entreprises – Ali Idrissa, partenaire de SWISSAID au Niger, Marinke van Riet, directrice de PWYP et Alexandra Gillies de Revenue Watch Institute (RWI) ont tour à tour évoqué les récents développements aux Etats-Unis et en Europe, où les directives concernant la transparence sont en passe d’être inscrites dans la loi. Devant les quelque 120 participants et au nom de son organisation, Stéphane Graber, le secrétaire général de GTSA, s’est déclaré ouvert au dialogue sur cette thématique.

Lors de la conférence de Berne, suivie par environ 250 personnes, les représentants de l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE) et les représentants de la société civile ont livré un aperçu des récents développements au niveau mondial, qui vont clairement dans le sens de plus de transparence. Jonas Moberg, chef du secrétariat de l’ITIE, a souligné le rôle particulier joué par la Suisse en tant que principale place du négoce international des matières premières. Il a également mentionné la possibilité d’intégrer le négoce des matières premières dans l’initiative sur la transparence.

Ali Idrissa, Marinke van Riet et Alexandra Gillies ont lancé un défi aux Suisses en précisant que la principale place du négoce des matières premières au monde devait prendre ses responsabilités et réglementer ce secteur. Les représentants de la Confédération, le secrétaire d’État du DFAE Yves Rossier, ainsi que la directrice du SECO Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, ont laissé transparaître qu’à l’avenir, la Suisse envisageait de miser plutôt sur des accords consentis de manière volontaire. Quant à Stéphane Graber, le représentant de GTSA, il a fait remarquer qu’il existait encore d’autres places pour le négoce, comme Singapour, si la Suisse devait réglementer trop sévèrement ce marché.

En revanche, la conseillère nationale socialiste Susanne Leutenegger Oberholzer a exhorté le Conseil fédéral à ne pas faire les choses à moitié dans son rapport sur les matières premières et à présenter une feuille de route contenant des mesures contraignantes. Faute de quoi, la Suisse risque une fois de plus de se retrouver en butte à des pressions internationales comme pour les discussions concernant la place financière. Et dans sa conclusion, Martin Dahinden, le directeur de la DDC, a évoqué le simple bon sens quand il a parlé du rôle moteur de la Suisse dans la réglementation d’un secteur aussi important pour l’économie du pays que le négoce des matières premières.