«Un or propre est-il possible?»

«Un or propre est-il possible?»

«Non, il n’y a pas d’or propre, mais on peut parler d’un or moins sale», estime le cinéaste suisse Daniel Schweizer, qui signe le film choc «Dirty gold war». «Il n’y a pas de demande des consommateurs pour un ‘or propre’», a de son côté déclaré Charles Chaussepied, du Responsible Jewellery Council. C’était à l’occasion de la table-ronde organisée le 12 novembre 2015 à Genève par l’Association SWISSAID Genève.

Un débat passionnant sur un thème d’une actualité brûlante, celui de la certification et du rôle de la Suisse dans le secteur de l’or, qui a fait l’objet d’une étude menée par quatre étudiants de l’IHEID (Graduate Institute), sous la supervision de Denis Ruysschaert, vice-président de l’association SWISSAID Genève. Dans une salle du Palais Eynard pleine à craquer, mis gracieusement à disposition par la Ville de Genève, l’une de ses auteurs, Sabrina Herzog, a  rappelé les pressions qui pèsent désormais sur la Suisse, qui a raffiné jusqu’à 70% de l’or extrait dans le monde, avant que Dubaï et Singapour ne lui prennent des parts de marchés. Pour conserver sa place de leader et répondre aux pressions des ONG, du public, ainsi qu’à l’essor de réglementations internationales, la Suisse s’est engagée à soutenir plusieurs initiatives, parmi lesquelles la Better Gold Initiative, en soutenant la Swiss Better Gold Association pour développer des certifications.

Philippe Fornier, secrétaire de la Swiss Better Gold Association, a expliqué leur appui à des mineurs artisanaux au Pérou, pour produire un or certifié, en s’appuyant sur les standards existants développés par des partenaires comme Fairtrade et Fairmine.  «Leur or trouve tout de suite preneur en Suisse à des conditions nettement plus avantageuses qu’auparavant», s’est-il réjouit. Florie Marion, porte-parole de Max Havelaar – qui a mis sur le marché suisse il y a une année un label «fairtrade gold» – a expliqué que pour l’heure, seuls 40 kilos d’or équitable étaient vendus en Suisse.

Un extrait du film «Dirty war gold» a été projeté pour lancer un débat modéré par le professeur de l’IHEID Gilles Carbonnier. Son auteur, le cinéaste suisse Daniel Schweizer, n’a pas mâché ses mots. Il avait amené des photos d’Indiens d’Amazonie qu’il a brandies, en estimant que «leur souffrance était trop grande pour laisser l’univers du luxe dans sa quiétude.» Selon lui, il y a urgence de remettre les communautés affectées par l’exploitation de l’or au centre du débat, et de placer les entreprises concernées face à leurs responsabilités.

Comme l’ont rappelé Sandrine Salerno, conseillère administrative de la Ville de Genève, qui a ouvert la conférence, aux côtés de René Longet, président de la Fédération genevoise de la coopération (FGC) et de Laurent Jimaja, président de l’Association SWISSAID Genève, il était important de lancer ce débat sur la place de Genève, qui occupe une place importante dans ce secteur. «En plus d’être la capitale de la certification technique de l’or, Genève se doit d’être la capitale de la certification éthique», espère René Longet, en rappelant que «tout ce qui brille n’est pas or, et que tout ce qui est or ne brille pas.»