Semences locales

Faire germer la paix

La Colombie vit de la petite paysannerie. Le pays jouit d’une biodiversité riche et un réseau s’est développé pour protéger les semences locales. Mais le gouvernement poursuit d’autres objectifs.

En bref

Pays, région:
Colombie
Durée:
Juin 2018 – décembre 2019
Bénéficiaires:
18 réseaux de protection des semences comprenant 822 membres, dont 281 femmes
Budget total du projet:
388'463 CHF

But

Le projet vise à soutenir les réseaux de semences à produire et conserver des semences traditionnelles pour l’autosuffisance et la commercialisation locale. Les réseaux assurent également des actions de plaidoyer contre les semences transgéniques et appuient la mise en vigueur de politiques publiques sur la souveraineté alimentaire et la biodiversité.

«Les injustices concernant la propriété foncière ont figuré parmi les questions les plus complexes dans les pourparlers de paix en Colombie», explique Walquíria Pérez de SWISSAID Colombie. Cela n’est pas étonnant quand on sait que 10% des propriétaires terriens exploitent plus de 82% des terres productives. Plus de la moitié de la surface cultivable est réservée à l’agriculture industrielle. Le gouvernement encourage les monocultures, les produits transgéniques et agrochimiques et favorise l’implantation des multinationales agro-industrielles dans le pays.    

Discrimination des petits paysans et interdiction des semences

Bien que les petits paysans, retranchés sur à peine 5% de la surface cultivable, produisent plus de 60% des denrées alimentaires consommées dans le pays, ils ne peuvent compter sur un quelconque soutien de l’État. «Fin 2017, le ministère de l’agriculture a certes adopté une résolution visant à favoriser les intérêts des familles de petits paysans», précise Walquíria Pérez. «Le contenu de la résolution doit toutefois encore être clarifié sur le plan juridique.»   

Tout cela n’est pas sans conséquences: la Colombie est aujourd’hui contrainte d’importer toujours plus de denrées alimentaires. Aussi, plusieurs cultures de maïs sont aujourd’hui contaminées par du maïs génétiquement modifié. Or, les semences locales sont adaptées aux conditions du pays et elles résistent au changement climatique. «Le gouvernement ne comprend pas qu’il est important de protéger les variétés locales», explique Walquíria Pérez. Une loi a même été édictée pour limiter la diffusion des semences locales. 

La campagne «Semillas de Identidad», soutenue par SWISSAID, encourage l’échange et la commercialisation des semences locales.

Trois acteurs à la même table

Dans ce contexte difficile, la Colombie peut compter malgré tout sur un grand nombre d’organisations locales et de petits paysans qui luttent pour conserver les semences locales. Réunis autour de la campagne «Semillas de Identidad» par SWISSAID, les organisations non gouvernementales et les universités partenaires ont plus de facilité à se faire entendre. La campagne encourage l’échange et la commercialisation des semences locales ainsi que la construction de banques de semences. De cette manière, les petits paysans accèdent à l’indépendance et ils augmentent leur revenu. Leur souveraineté alimentaire est donc renforcée. 

Afin d’encourager le dialogue entre la base et le gouvernement, le réseau «Semillas de Identidad» a organisé plusieurs manifestations. Le premier forum a eu lieu à Bogotá en février avec plus de 400 personnes. «Le Forum a répondu à toutes nos attentes pour rendre le problème des semences visible à une grande partie de la société urbaine et rurale», a déclaré Walquíria Pérez. De bons échanges sur les objectifs et les expériences dans le domaine de la conservation et de la production des semences ont eu lieu. «Il est nouveau que les trois acteurs – les organisations locales, les universitaires et le gouvernement – échangent des idées», déclare Walquíria Pérez. 

La Colombie peut compter sur un grand nombre d’organisations locales et de petits paysans qui luttent pour conserver les semences locales. Elles encouragent l’échange et la commercialisation des semences locales ainsi que la construction de banques de semences.

Une alliance pour le lobbying politique

Le Forum a également démontré que le gouvernement a une vision très différente sur la façon d’aborder les semences. Une première étape importante a été franchie avec la publication de revendications politiques et la formation d’une alliance entre différentes organisations (SWISSAID, EPER, organisations indigènes, paysannes ou pacifistes, universités) dans le but de mener des actions de plaidoyer. Pour Walquíria Pérez, «il s’agit à présent de gagner une reconnaissance et d’obtenir un écho en tant qu’alliance politique.» Le but est de développer les semences locales, qui sont essentielles à la survie de nombreux petits paysans en Colombie et préservent la paix dans le pays.