Beaucoup de travail, peu de droits

Au Niger, les femmes luttent courageusement pour obtenir leur indépendance financière, contribuer aux dépenses du ménage, et faire valoir leurs droits, y compris sur la terre qu'elles cultivent.

S’agit-il d’égalité des sexes? «Je gagne enfin assez pour appuyer mon mari dans la gestion financière du foyer, et participer à l'achat de fournitures scolaires. Mon mariage se porte mieux depuis que je ne suis plus obligée de demander de l’argent à mon mari.»

Cela signifie que les femmes doivent assumer encore davantage de tâches et de responsabilités, pour que leur rôle social et politique soit en adéquation avec leur pouvoir économique. Dans le même temps, comme l'illustre une étude de SWISSAID réalisée en 2016, les hommes se sentent de plus en plus menacés dans leur rôle de chef de famille, chargés d’assurer la subsistance de toute la famille.

Participer aux assemblées

Pourquoi les femmes acceptent-elles cette inégalité? Certes, leur réussite financière leur permet de se faire respecter. Reste que, souvent, elles ignorent leurs droits. C’est pourquoi SWISSAID a lancé une vaste campagne d’information, liée à des séminaires pour les cadres de sexe féminin; afin de les encourager à intégrer des comités de gestion ou à prendre la parole lors des assemblées de village.

Aïssa Issaka ne s’en prive pas. Cette paysanne de 54 ans a été élue conseillère de Koygolo, une grande commune de 60'000 habitants qui compte 49 villages. «Cette fonction m’a notamment permis d’obtenir l’achat d'un moulin, ce dont je suis fière», raconte-t-elle. Auparavant, les femmes de ce village devaient parcourir 12 kilomètres à l'aller et au retour pour moudre leurs céréales.

Des droits dévoyés

La question de l’accès à la terre est épineuse. Les droits coutumiers, religieux et civils reconnaissent le droit à la femme d'hériter des terres agricoles. Mais leur mise en oeuvre est souvent dévoyée au profit des hommes. Résultat: il est rare qu'elles deviennent propriétaires foncières.

Le bail rural pose également des problèmes. Nombre de paysannes qui cultivent leur lopin de terre se gardent de trop améliorer la qualité du sol: le propriétaire pourrait alors être tenté de leur reprendre leur champ.

Une lente prise de conscience

Lors du forum que SWISSAID a organisé au Niger sur ce sujet, Aïssa Issaka a réclamé que l’on tienne davantage compte des femmes qui font valoir leurs droits fonciers. La manifestation a été retransmise par la radio locale, puis rediffusée. «On observe depuis une prise de conscience progressive et une meilleure compréhension de ces femmes qui défendent leurs droits», relève-t-elle. Elle-même exploite trois hectares de terres que son père lui a légués et que ses frères lui ont laissés au terme d’âpres discussions. Un point la réjouit particulièrement: «Même à ma mort, ils ne récupéreront pas le terrain, qui sera transmis à mes enfants.»