
Berne/Lausanne, 10 septembre 2026 – SWISSAID salue la décision de la Confédération de se rallier enfin aux sanctions de l’UE visant le commerce de l’or soudanais. Afin d’empêcher que de l’or provenant du conflit ne soit importé en Suisse via des pays tiers, la Suisse doit toutefois s’attaquer à la racine du problème : le manque de transparence sur l’origine de l’or importé en Suisse depuis Dubaï, une importante plaque tournante de l’or lié aux conflits.
Le Conseil fédéral interdit dès aujourd’hui, 10 septembre 2026, l’achat et l’importation d’or d’origine soudanaise. La Suisse s’aligne ainsi sur les sanctions de l’Union européenne (UE), en vigueur depuis le 15 juillet dernier. Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) a par ailleurs confirmé à SWISSAID que les importations d’or soudanais transitant par des pays tiers sont également interdites. « Cette mesure était attendue depuis longtemps. Première plaque tournante mondiale de l’or, la Suisse a une grande responsabilité et doit lutter par tous les moyens contre le commerce de l’or lié aux conflits », déclare Marc Ummel, responsable du dossier Matières premières chez SWISSAID.
Un conflit largement financé par l’or
La guerre civile au Soudan a déjà fait 150’000 morts et contraint 13 millions de personnes à fuir leur foyer. Les deux parties au conflit financent dans une large mesure leurs opérations armées grâce au commerce de l’or.
Malgré le renforcement des sanctions, un problème demeure : de l’or peut toujours sortir clandestinement du Soudan et parvenir en Suisse en transitant notamment par Dubaï, une importante plaque tournante du commerce de l’or.
La production annuelle d’or au Soudan est estimée entre 80 et 90 tonnes, pour une valeur comprise entre 9,2 et 10,3 milliards de francs. Selon une déclaration officielle des Forces armées soudanaises (SAF), 70 tonnes d’or ont été produites en 2025. La même année, seules 14,7 tonnes d’or ont été déclarées à l’exportation. Une grande partie de l’or est acheminée clandestinement vers les pays voisins, – l’or des Forces de soutien rapide (RSF) vers le Tchad, la Libye, la République centrafricaine, le Soudan du Sud et l’Ouganda, et celui des SAF vers l’Égypte, – avant d’être exportée vers les Émirats arabes unis (EAU).
En 2025, la Suisse a importé 420 tonnes d’or en provenance des EAU, pour une valeur de 38,9 milliards de francs, soit près de trois fois plus qu’en 2024. Selon les autorités des EAU, 38 % de l’or exporté depuis le pays en 2025 était destiné à la Suisse. Cette année, jusqu’à fin juillet, la Suisse avait déjà importé 233 tonnes de ce métal précieux depuis Dubaï, pour une valeur de 27,8 milliards de francs. Les EAU constituent la principale plaque tournante de l’or provenant du Soudan, tandis que la Suisse figurait en 2025 parmi ses principales destinations d’exportation.
La liste des fournisseurs issus de pays à haut risque pour l’année 2025, que la raffinerie suisse Valcambi a été tenue de publier en vertu des nouvelles exigences de la norme internationale de la London Bullion Market Association (LBMA), fait apparaître une société de négoce basée aux EAU. Dans son analyse des flux d’or soudanais publiée en 2025, SWISSAID a établi que cette société avait récemment importé de l’or en provenance du Soudan.
À ce jour, les bases légales et les mécanismes de contrôle ne sont toujours pas suffisamment robustes pour mettre un terme au commerce illégal de l’or. Le manque de transparence est particulièrement problématique pour les importations d’or en provenance des EAU, dont il est difficile de déterminer l’origine réelle.
Dans ce contexte, SWISSAID réclame :
La question de la transparence sur l’origine de l’or a de nouveau été soulevée au Parlement en décembre dernier, notamment à travers la motion de Fabian Molina, conseiller national socialiste et président de SWISSAID, et le postulat de Jean Tschopp, conseiller national socialiste.