Les nouvelles technologies au service de l’agroécologie

Depuis quelques années, un groupe de paysans, soutenus par SWISSAID, s’est converti à l’agroécologie. Une pratique qui nécessite des connaissances approfondies. Grâce à la distribution de smartphones et au développement d’une application spécifique, ils peuvent désormais partager leurs problèmes et obtenir des informations auprès d’autres paysans, d’agronomes et de scientifiques afin d’augmenter leur productivité.

 

«Bonjour, j’ai un problème avec mes choux chinois: ils ont été dévorés de l’intérieur. Je n’ai jamais vu ça. Merci pour votre aide.»

Voici le message enregistré, photo à l’appui et posté sur Internet par l’agricultrice Teresia Mpunga le 20 octobre 2016 à 11h26 depuis son champ situé à Masasi, tout au sud de la Tanzanie. A 11h55, Angelika Hilbeck, spécialiste en agroécologie à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), poste un message à son tour: «Il s’agit probablement de chenilles particulières qui mangent tout sur leur passage, des racines à la tige. Elles doivent être tuées rapidement dès qu’on les voit se nourrir au-dessus du sol.» Des milliers de kilomètres et de parcours de vie séparent ces deux femmes. Et pourtant, en 30 minutes chrono, au problème de la paysanne, une réponse de la scientifique.

Le «Facebook» des agriculteurs tanzaniens

Cette petite révolution numérique se nomme «Macho Sauti», ce qui signifie littéralement en swahili «Les yeux, la voix.» Techniquement, le principe est simple: à l’aide d’un smartphone et via l’application dédiée, il suffit aux paysans de prendre une photo de leur culture qui pose problème, d’enregistrer une explication par message vocal et d’envoyer le tout sur une plateforme internet partagées par d’autres paysans ainsi que par des agronomes et scientifiques de Tanzanie et d’ailleurs. Un traducteur en ligne retranscrit le commentaire du swahili à l’anglais et vice et versa. En outre, la géolocalisation permet de situer précisément le champ concerné et d’éviter par exemple qu’une maladie se propage sur les terres avoisinantes.

Combler les lacunes grâce aux smartphones

Mis en place par SWISSAID, ce projet a pour but d’aider les paysans tanzaniens qui pratiquent l’agroécologie. Une technique qui, débarrassée de tout produit chimique, suppose l’apprentissage de notions pointues telles que la conservation des sols, la fabrication d’engrais à partir de compost ou de fumier, la confection de bio-pesticides. Or, dans ces régions reculées, l’accès à la formation et aux connaissances manque cruellement: 23% de la population tanzanienne est analphabète. Un fossé que la technologie entend combler: désormais, sans avoir besoin de se déplacer, les petits paysans peuvent se mettre en réseau et récolter auprès des spécialistes en agroécologie des informations précises et personnalisées afin d’augmenter leur productivité. Vingt agriculteurs ont déjà reçu des smartphones et bénéficié d’une formation. Chacun forme à son tour un groupe de 30 paysans. Au total, 200 appareils seront distribués permettant de connecter 6'000 agriculteurs.

Le fer de lance: la connexion en zone rurale

Ce projet n’aurait pas été possible sans le développement du réseau internet en zone rurale. Longtemps laissés pour compte, les villages voient enfin émerger des antennes. Il faut dire que trois quart des Tanzaniens vivent en zones rurales. Soit près de 37 millions de potentiels nouveaux consommateurs. L’opérateur mobile vietnamien Halotel et le gouvernement de Tanzanie viennent de signer un accord pour connecter les régions les plus reculées. Résultat: depuis un an, les antennes poussent comme des champignons. Une aubaine pour Teresia et les autres paysans concernés: «Grâce au réseau et à cette nouvelle technologie (ndlr: «Macho Sauti»), je pense que les maladies dans nos cultures vont diminuer, ce qui nous permettra d’augmenter notre revenu et donc d'améliorer nos conditions de vie.»