Une lutte pour la forêt à armes inégales

Au Myanmar, la bataille pour la forêt fait rage. Mais on ne se bat pas à armes égales. D’un côté, il y a des investisseurs, dont les millions font la force, et de l’autre des villageois sans aucuns moyens financiers ni connaissances. Pourtant, pour eux plus que personne, la forêt est indispensable.

« Nous tirons toutes nos ressources de la forêt. » Bar Lam Hkawng Lwan et les autres habitants de La Myan ont vécu pendant longtemps dans la crainte de perdre leur plus grand moyen de subsistance : la forêt de l’Etat de Kachin, située à la frontière chinoise. En effet, la situation est très incertaine concernant les droits d’exploitation de cette forêt. En 2007, les habitants ont décidé de former un groupe pour défendre leurs intérêts. Si l’espoir est vite revenu, il a tout de même fallu attendre dix longues années avant d’obtenir les certificats officiels leur donnant le droit d’exploiter la forêt.         

Des certificats difficiles à obtenir

« Nous avons fait plusieurs demandes de certificat mais aucune n’a abouti », explique Bar Lam Hkawng Lwan. Le principal obstacle a été le plan d’affectation de la forêt vieux de trente ans, qui doit être remis aux autorités pour l’obtention d’un certificat. « Il suffisait d’un mot incorrect pour que le plan nous soit retourné », poursuit-il. Et le problème est de taille : la population indigène parle kachin et quasiment personne ne parle ni n’écrit convenablement le birman. « Nous n’osions pas débarquer dans un bureau du gouvernement pour demander de l’aide », explique Bar Lam Hkawng Lwan.

Rédiger un plan d’affectation détaillé dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas donne peu de chance aux groupes villageois face à des entreprises puissantes. Ces dernières déposent elles aussi des demandes pour exploiter les ressources de la forêt, à la grande différence qu’elles possèdent beaucoup d’argent, connaissent les failles de la loi et les exploitent à leurs avantages.

Les villageois en faveur du développement durable

SWISSAID a aidé les villageois à s’y retrouver dans le labyrinthe administratif. Malgré les nombreux écueils, ils sont parvenus à obtenir ce qu’ils voulaient. Et ce succès va au-delà du village de La Myan ; depuis l’année dernière, 28 groupes de la région de Waimaw possèdent, non sans fierté, un certificat officiel. « Obtenir un certificat, c’est en quelque sorte un mariage qui nous permet de vivre officiellement comme mari et femme. Avant, nous n’étions que de simples fiancés. », explique Houng Ze avec beaucoup d’émotion dans la voix.

En vertu de ce certificat, les paysans obtiennent davantage de droits et s’engagent à exploiter la forêt de manière durable. Les changements sont déjà visibles. Pour Houng Ze, le fleuve qui s’écoule à quelques pas est le premier témoin des effets positifs d’une agriculture responsable : « avant, il n’y avait plus d’eau pendant la saison sèche. Depuis que nous avons recours à l’agriculture durable, le fleuve ne s’assèche plus. »

Les bienfaits de cette exploitation font l’unanimité. Lors de sa visite au groupe villageois de U Bar Lam Hkawng Lwan, le directeur du département de l’exploitation forestière a été enthousiaste. « Le directeur a dit qu’il n’avait encore jamais vu une aussi belle forêt », se rappelle un villageois. « Nous en sommes très fiers. D’un autre côté, nous ressentons de la pression : nous avons une grande responsabilité envers cette forêt et nous voulons montrer l’exemple. »