Guinée-Bissau: des puits et des latrines pour une vie meilleure

Eau potable propre et assainissement sont indissociables. C’est pourquoi SWISSAID soutient la construction de latrines, un tabou dans certaines communautés de Guinée-Bissau.

La première «expédition» à laquelle l’organisation partenaire locale de SWISSAID a convié les hommes et les femmes de N’Ghabon était consacrée à l’étude de la mouche domestique. Mais pas n’importe où: ils sont allés observer ces insectes à proximité immédiate du village sur des excréments humains. «Nous avons montré aux gens comment les mouches se posent d’abord dans les buissons puis sur leur nourriture», raconte un animateur de l’organisation partenaire. Le tout avec des conséquences désastreuses pour la santé.

En menant cette action, l’organisation partenaire a brisé un tabou dans ce village isolé de culture musulmane. Le sujet est particulièrement délicat pour les femmes et les jeunes filles. Mais cette initiative a permis de lancer une discussion sur l’hygiène corporelle et la propreté.

Une discussion indispensable: dans cette région située au nord de la Guinée-Bissau, le choléra sévit chaque année et de nombreux enfants souffrent en permanence de diarrhée et sont parasités par des vers. Un enfant sur dix meurt avant l’âge d’un an; l’espérance moyenne de vie n’atteint pas 50 ans.

L’imam donne sa bénédiction

Lors de l’inauguration du puits et des premières latrines à côté de l’école du village, la joie et la fierté se lisent sur les visages. Sous le manguier, les présidentes et les présidents des comités chargés de l’eau et des latrines prennent la parole. Même l’imam donne sa bénédiction: «Un bon musulman doit se laver et être propre. Il faut donc saluer le fait que nous disposions désormais de latrines et d’un puits en bon état de fonctionnement.»

Des querelles autour de l’eau

La situation dans cette zone frontalière est complexe. En Casamance voisine, au Sénégal, un conflit armé n’a cessé de se raviver au cours des huit dernières années, poussant des milliers de familles à fuir. Les habitants des communes frontalières de Guinée-Bissau ont accueilli les réfugiés et partagé généreusement nourriture, terres agricoles et forêts. Mais à présent, les rares infrastructures d’approvisionnement en eau atteignent leurs limites, ce qui sème le trouble entre les nouveaux arrivants qui veulent s’installer durablement et la population d’origine.

Avec des groupes issus de 50 villages, SWISSAID a donc mis sur pied un projet qui inclut la construction de 75 latrines et de 50 puits, l’installation de 700 fontaines à eau et l’organisation de cours et de campagnes de sensibilisation. L’objectif est d’aider à apaiser les tensions. Prévu sur une durée de trois ans, le projet est financé à 80% par la Chaîne du Bonheur et à 20% par des dons de SWISSAID.

Les dangers des anciennes latrines

Les deux latrines sont loin de suffire pour les plus de 800 habitants du village de N’Ghabon. L’objectif est que les gens construisent eux-mêmes chez eux des lieux d’aisance modernes. Nombre de familles disposent certes de latrines rudimentaires. «Mais elles sentent très mauvais, grouillent de mouches, et les fosses ne cessent de s’effondrer», explique Mariama Camara, responsable de l’hygiène, pour mettre en garde contre les dangers des anciennes latrines. Rien d’étonnant à ce que beaucoup préfèrent se soulager dans les buissons.

Plusieurs jeunes hommes du village ont donc dû prêter main forte lors du creusage et de l’installation des latrines afin d’apprendre les techniques de construction et de pouvoir les transmettre au sein du village. Désormais, les fosses sont revêtues de béton et les maisonnettes ne sont pas érigées juste au-dessus. Autre nouveauté importante: le lavage des mains avec du savon devient obligatoire.

Tous les matins, la responsable des latrines Mariama Camara vérifie les toilettes, les nettoie et met à disposition de l’eau et du savon. Mariama Camara, mère de six enfants, est ravie. «Les latrines apportent propreté et santé dans notre village !» Avec son mari, elle économise déjà pour les matériaux nécessaires à la construction de toilettes privées. «Après la prochaine récolte, nous pourrons acheter le béton, la tôle ondulée pour le toit et les pièces brutes.»