Huile de palme: je t’aime moi non plus

Huile de palme: je t’aime moi non plus

Les plantations industrielles d’huile de palme sont promues dans de nombreux pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine par des investisseurs et des industriels venus des quatre coins du monde. Y compris par la Banque mondiale, qui a dû affronter de nombreuses critiques, accusée qu’elle est de porter une part de responsabilité dans l’accaparement de terres destinées aux plantations d’huile de palme, au détriment des forêts et de l’agriculture paysanne, qui fait des produits vivriers destinés à être consommés sur place.

Cela n’empêche pas les plantations de palme de s’étendre, tant l’industrie agroalimentaire est friande de cette graisse végétale «moins cher», qu’elle incorpore désormais dans la plupart de ses produits: barres de céréales, biscuits, aliments précuisinés, soupes, sauces, chocolat, glaces, bonbons… Peu d’aliments échappent à l’huile de palme, qui figure désormais de manière obligatoire sur les étiquettes en Suisse. Même si, compte tenu de sa mauvaise réputation, les industriels lui préfèrent le terme plus général de «graisses végétales».

Les organisations de défense de l’environnement n’hésitent pas à évoquer une «catastrophe écologique planétaire». Et de citer par exemple les ravages causés par les plantations de palmiers à huile sur l’île de Sumatra et dans la partie indonésienne de l’île de Bornéo où, ces dernières années, les plantations de palmiers à huile ont connu un essor considérable, au détriment de forêts tropicales abritant des espèces en voie de disparition, tels les désormais fameux orangs-outans.

En Suisse aussi, l’huile de palme est d’actualité. Depuis une année, à l’initiative du syndicat paysan Uniterre, des organisations paysannes, de consommateurs, de coopération au développement et de droits humains se sont mobilisées pour dénoncer l’accord de libre-échange que l’Helvétie est en train de négocier avec la Malaisie, laquelle aurait ainsi un accès libre au marché suisse pour son huile de palme, dont elle est l’un des principaux producteurs.

Les paysans suisses craignent que cet accord mette à mal la culture locale de colza et même de tournesol, qui représentent pour eux des revenus importants. Un accord de libre-échange avec la Malaisie signifierait une perte de revenu entre 18 et 35 millions de francs, sur les 60 millions générés annuellement par cette production. L’huile de colza est par ailleurs particulièrement saine: riche en oméga 3 et 6 et en vitamine E, elle contribue à réduire les risques cardiovasculaires.

Une pétition qui veut sauver les cultures indigènes d’huiles végétales, demandant que l’huile de palme soit retirée de l’accord de libre-échange de la Suisse avec la Malaisie, a recueilli plus de 20'000 signatures en Suisse et 150'000 en Allemagne. Les arguments mettent en avant le fait que l’huile de colza est réputée pour sa qualité nutritionnelle, bien supérieure à celle de l’huile de palme industrielle. Par ailleurs, le colza, qui donne une couleur jaune à la brousse helvétique, est parfaitement intégré à la rotation des cultures; sa disparition pourrait donc créer un déséquilibre au sein de l’agriculture suisse. Les organisations engagées dans ce combat dénoncent également le lourd tribut payé par la petite paysannerie malaise, qui voit ses terres confisquées au profit d’immenses étendues de palmiers à huile.

La Suisse, qui souhaite ratifier cet accord pour pénétrer le marché malaisien des services – tels que les assurances, les services bancaires et financiers –, propose, pour faire taire les critiques, que l’huile de palme importée soit labellisée RSPO; c’est-à-dire une huile de palme durable, produite sans porter atteinte à l’environnement et aux droits sociaux. Mais les ONG et les organisations paysannes ne s’en laissent pas conter: elles estiment que ce type de label, dont les multinationales sont friandes, s’apparente plutôt à du greenwashing, c’est-à-dire un «coup de peinture verte sur un business débridé et sans contraintes». Les négociations n’ont pour l’heure pas encore abouti, mais une prochaine session est prévue en Suisse d’ici à la fin de l’année. Et le SECO (Secrétariat d’Etat à l’économie) compte bien déboucher sur une signature en 2017.

Article de Catherine Morand paru dans le Courrier du mercredi 23 novembre 2016.