La Guinée-Bissau dit non à l’excision!

En juin 2011, une majorité écrasante du parlement bissau-guinéen approuvait une loi punissant la pratique de l’excision. Gage de son succès, la loi est soutenue par une majorité des imams du pays. Mais entre la promulgation d’une loi et sa mise en œuvre par les communautés villageoises, il y a encore un pas de géant à faire.

Le gouvernement a même décrété que la journée du 6 février serait désormais la journée nationale de la «Tolérance zéro» pour l’excision. Maria Domingas Gomes, présidente de l’ONG partenaire de SWISSAID Senim Mira Nassequê, est particulièrement émue par cette décision, elle qui lutte depuis une vingtaine d’années pour interdire l’excision dans son pays et détourner les mères et les exciseuses de cette odieuse pratique. «Depuis l'approbation de la loi, plusieurs exciseuses et des parents ont été condamnés pour avoir excisé des jeunes filles, témoigne-elle, et les organisateurs de fanado (cérémonie d´excision) n´obtiennent plus d´autorisation auprès du Ministère de l'Intérieur.» De fait, les «barracas» servant à l’excision ont disparu de la capitale Bissau.

La loi fonctionne. Est-elle suffisante?

Le danger réside désormais dans l’entrée en clandestinité des cérémonies. Et c’est là que l’engagement de Maria et de ses 20 animatrices prend tout son sens. Accompagnées d’anciennes exciseuses repenties, elles parcourent la campagne pour mettre en garde les femmes et les chefs traditionnels des conséquences traumatisantes et parfois mortelles de cette pratique désormais illégales. Ce travail de sensibilisation est nécessaire face à la force de la tradition «qui apprend aux jeunes femmes qu’elles ne peuvent pas être considérées comme pures au sein de leur communauté, si elles ne sont pas excisées», se désole Maria.

Une fatwa contre l’excision

Senim Mira Nassequê décide alors de renforcer son action de sensibilisation à l’égard des imams du pays. Et cela porte ces fruits: à l’occasion de la journée nationale «Tolérance zéro» de ce début d’année, 130 leaders religieux adoptent une fatwa (un décret religieux) qui condamne l’excision. Alors que ce sujet était encore tabou il y a moins de 5 ans, aujourd’hui, c’est une alliance informelle des leaders politiques, religieux et de la société civile qui parle d’une même voix.

Remettre l’ouvrage sur le métier

Et pourtant, chaque année, ce sont encore près de 30'000 jeunes filles qui subissent de telles mutilations en Guinée-Bissau. Senim Mira Nassequê doit sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier. Horreur: en 2013, une pétition en faveur des mutilations génitales a été lancée en Guinée-Bissau! Senim Mira Nassequê ne se décourage pas de ce revers et renforce son action en collaborant avec RENLUV (Réseau National de Lutte contre la Violence) afin de conscientiser les familles, les journalistes, la police et les leaders religieux les plus radicaux à s’engager contre l’excision, mais surtout, pour détourner les exciseuses de leur pratique, qui cause tant de dégâts sur la santé des femmes, en leur proposant une reconversion professionnelle rentable.

Quand on sait qu’une famille débourse environ 60 francs suisses par excision et qu’un fanado peut réunir jusqu’à 50 enfants, on mesure le travail de persuasion de Maria et ses animatrices.