Le retour à la démocratie stoppe la déforestation

Les partenaires de SWISSAID en Guinée-Bissau organisent une formidable campagne de sensibilisation pour lutter contre une déforestation massive.

L’année 2014 a été marquée par un retour à la démocratie en Guinée-Bissau, dans la foulée d’élections qui ont connu un taux de participation record, avoisinant les 90%. Cela illustre à quel point la population était désireuse de mettre un terme aux dérives d’un régime militaire qui avait pris le pouvoir lors d’un coup d’Etat deux ans auparavant.

Avec la mise sur pied d’un nouveau gouvernement et d’un parlement composé de représentants du peuple démocratiquement élus, les partenaires de SWISSAID ont ainsi pu compter à nouveau sur des interlocuteurs légitimes. Ils ont souhaité agir rapidement, afin que la gestion durable des forêts soit prise au sérieux par les nouveaux élus.

Un clip contre la déforestation

Durant les deux ans où les militaires étaient au pouvoir, les forêts ont fait l’objet d’un abattage massif. «Personne ne sait encore combien d’arbres ont été abattus, ni qui les a exportés, et à quelle valeur. Nous devons apprendre des erreurs du passé», a déclaré le nouveau président José Mario Vaz peu après son entrée en fonction, dénonçant le caractère abusif et opaque de cette pratique, qui a généré des dégâts irréversibles.

Les partenaires de SWISSAID en Guinée-Bissau ont décidé de tirer profit de ce nouveau contexte politique en organisant une campagne de sensibilisation sur les dégâts causés par la déforestation. Durant quatre mois, les médias nationaux et les radios locales ont relayé les témoignages, souvent poignants, de la population et diffusé le clip d’une chanson contre la déforestation, composée par des artistes célèbres (voir dans l'infobox). Des concerts ont également eu lieu dans les quatre principales régions du pays, en présence des autorités locales.

Les forêts communautaires épargnées

Le point d’orgue de cette extraordinaire mobilisation a eu lieu au tout début de l’année 2015, avec une conférence nationale rassemblant une grande diversité d’acteurs concernés, qui a dénoncé le fait que «l’exploitation non durable des ressources forestières met en danger la sécurité alimentaire des populations locales et le patrimoine culturel du pays». La conférence s’est achevée par une Déclaration de Bissau demandant au gouvernement un moratoire sur la coupe des bois précieux, une évaluation des dégâts occasionnés au cours de ces deux dernières années, ainsi que la création d’un fonds pour la reforestation. A peine trois mois plus tard, les autorités approuvaient un moratoire de 5 ans sur la coupe du bois, ce qui représente un magnifique succès pour la société civile. Il s’agit maintenant de mettre en oeuvre ce moratoire et de l’accompagner de manière innovante.

La Déclaration de Bissau réclame également la reconnaissance officielle des forêts communautaires, un point crucial. SWISSAID appuie en effet la mise en place de forêts gérées par des comités villageois, qui exercent ainsi un contrôle direct sur leurs ressources naturelles. Ce dispositif particulièrement efficace a permis aux forêts communautaires d’être épargnées durant la période de déforestation massive orchestrée par les militaires au pouvoir. Cette déclaration pourrait en tout cas faire avancer leur légalisation par les nouvelles autorités, et mettre ainsi les villageois à l’abri de futures prédations.