Limiter la spéculation sur les denrées alimentaires à la spéculation «utile»!

Limiter la spéculation sur les denrées alimentaires à la spéculation «utile»!

Fin mars, les Jeunes socialistes vont déposer l’initiative populaire contre la spéculation sur les denrées alimentaires. Cette année, le Conseil fédéral va aussi soumettre au Parlement la loi sur l’infrastructure du marché financier, qui concerne aussi la spéculation sur les denrées alimen­taires. Comme le montre une étude réalisée par l’économiste et journaliste Markus Mugglin, sur mandat d’Alliance Sud, chez nous dominent encore des positions qui écartent et banalisent le problème, aussi bien auprès du gouvernement que des associations économiques. Cela va changer par la force des choses.

Depuis le début du millénaire, les prix des denrées alimentaires ont doublé. Ils s’accompagnent de grandes variations des prix et d’émeutes de la faim. Les raisons sont entre autres à rechercher dans la culture des plantes pour les agro-carburants, dans les événements climatiques extrêmes et une spécu­lation excessive sur les denrées alimentaires. L’influence de la spéculation est contestée parmi les économistes. L’étude de Mugglin montre cependant que les partisans de la spéculation tiennent peu compte des arguments et des faits amenés par ses pourfendeurs. Le fait est que jusqu’à la fin des années 1990, les affaires financières d’assurance entre les producteurs et les transformateurs de matières premières étaient très régulés, ce qui limitait le volume du capital engagé à des fins spécu­latives. C’était l’époque de la spéculation «utile». Après la déréglementation, de nouveaux acteurs du marché financier se sont engouffrés dans la spéculation sur les matières premières avec des moyens exorbitants. Le volume des dérivés s’est multiplié et le lien avec la base réelle des matières premières négociées s’est perdu.

Pour Alliance Sud, la re-régulation de la spéculation sur les denrées alimentaires constitue l’une des nombreuses mesures nécessaires pour garantir l’alimentation de tous les êtres humains. L’étude de Mugglin discute et met en évidence plusieurs mesures de régulation. Alliance Sud considère les quatre suivantes comme prioritaires:

1.   Le commerce des dérivés extra-boursiers doit se faire sans exception à travers des centres d’information.

2.   Les spéculateurs doivent être soumis à des limites de position – le négoce pour chaque matière première doit être plafonné.

3.   Le commerce à haute fréquence avec les dérivés devrait être au moins limité, sinon interdit.

4.   Comme avec les actions, à partir d’un certain niveau le négoce devrait être interrompu par les plate­formes commerciales. De plus, il convient d’examiner l’introduction d’une taxe sur les transactions

Les Etats-Unis et l’UE ont repris certains de ces points dans leur régulation du négoce des dérivés. Le Conseil fédéral veut s’adapter à la législation de l’UE, mais seulement en partie. La branche, en effet, veut se contenter de moins. Finalement le Conseil fédéral veut miser sur l’autorégulation, selon une mauvaise habitude nationale. Il revient donc au Parlement d’introduire des règles dans le projet de loi, qui aident à empêcher la spéculation nocive sur les denrées alimentaires. La manière dont il va le faire sera décisive pour savoir si l’initiative des Jeunes socialistes sera soumise au peuple en 2016 et quelles forces vont la soutenir.

Vous pouvez télécharger l’étude «Spéculation sur les denrées alimentaires – (pas de) problème?» sur le site internet d’Alliance Sud ou la nouvelle App d‘Alliance Sud pour les tablet­tes Apple.

Pour de plus amples informations:

Alliance Sud est la Communauté de travail pour la politique de développement de SWISSAID, Action de carême, Pain pour le prochain, Helvetas, Caritas et Eper.