Le Burkina Faso renonce au coton transgénique

Le Burkina Faso renonce au coton transgénique

«Nous ne voulons plus du coton OGM. C’est une arnaque qui, à terme, nous tuera tous», répète à qui veut l’entendre Lohouan Wanhoun, un producteur en colère de la région de Houndé, à l’ouest du Burkina Faso, qui s’estime dupé par les promoteurs de cette culture. Les producteurs de coton de Houndé ont saisi l’occasion du passage dans leur localité de la Caravane ouest-africaine pour la terre, l’eau et les semences pour donner de la voix. Les bénéfices promis par la firme américaine Monsanto ne sont jamais venus. «Le coton est volumineux, mais la fibre est de mauvaise qualité et se vend mal», déplore Lohouan Wanhoun.  

«Nous avions prévenu les producteurs qu’avec les OGM, ils perdraient tout contrôle sur les semences. Aujourd’hui, ils comprennent, mais le mal est déjà fait», regrette Ousmane Tiendrébéogo, secrétaire général du Syndicat national des travailleurs de l’agropastoral (SYNTAP). Face aux méfaits du coton BT, les producteurs reviennent en masse au coton conventionnel. Regroupés au sein du «Collectif de Houndé», les producteurs et anciens producteurs de coton OGM demandent réparation. Ils exigent de Monsanto la compensation des pertes qu’ils ont subies pendant des années.

Lors du World Economic Forum qui s'est tenu en janvier 2016 à Davos, en Suisse, Bill Gates a de nouveau vanté les mérites des cultures génétiquement modifiées pour lutter contre la faim et la pauvreté en Afrique. Mais dans sa ritournelle, l'ex-patron de Microsoft a oublié de mentionner une information de taille: le Burkina Faso, transformé par Monsanto en un véritable laboratoire pour tester toutes sortes de cultures génétiquement modifiées, a entamé sa sortie du coton transgénique.

Cette décision constitue un échec majeur pour les cultures transgéniques sur le continent africain, lequel subit depuis plusieurs années d'énormes pressions de la part des géants de l'agrochimie, mais aussi des Etats-Unis, de l'USAID, des institutions financières internationales, pour ne citer qu'eux. Cette décision, courageuse de la part d'un pays qui figure parmi les plus pauvres de la planète, pourrait avoir des répercussions sur les autres pays de la région, dont les délégations, à l'invitation de Monsanto, se succédaient sur les champs de coton du Burkina, transformés en vitrine pour la promotion des OGM en Afrique de l'Ouest et Centrale.

Las. La réalité a fini par rattraper la propagande du lobby agrogénétique. Depuis l'introduction du coton transgénique, imposé par le haut pour des motifs hautement politiques, la culture du coton burkinabé n'a cessé de décliner. Il était pourtant réputé pour sa grande qualité, résultant d'un programme de sélection très réussi.

Durant les premières années de la commercialisation du coton transgénique de Monsanto, les paysans ont constaté une baisse dans la longueur des fibres et dans les ratios d'égrenage. Les employés de Monsanto ont évoqué un stress hydrique et d'autres problèmes météorologiques. Mais les problèmes de qualité ont persisté, et lors de la saison 2013/2014, plus des deux tiers de la récolte du pays ont été classés comme étant de qualité inférieure.

Face à l'incurie de Monsanto qui ne parvient pas à résoudre les problèmes de qualité, les sociétés cotonnières burkinabé perdent patience, et prennent la décision, en ce début d'année 2016, de mettre un terme à l'aventure. Elles demandent en outre à Monsanto de leur verser 280 millions de dollars, pour compenser les pertes subies depuis 2010, en raison de la baisse de la qualité du coton.

Pour l’heure, les producteurs travaillent à mobiliser davantage de victimes du coton Bt transgénique pour donner plus de poids à leurs revendications. Au niveau national, les trois sociétés cotonnières que sont SOFITEX, SOCOMA et FASO COTON, sont en discussion avec l’Union Nationale des Producteurs de Coton (UNPCB) autour d’un moratoire sur le coton Bt au Burkina Faso.

Article de Catherine Morand, avec Norou-Dhine Salouka, de la "Caravane ouest-africaine terre, eau, semences", paru dans le Courrier du 16 mars 2016