Le chanteur Bono, promoteur des multinationales de l’agrobusiness ?

Le chanteur Bono, promoteur des multinationales de l’agrobusiness ?

Le leader du célèbre groupe rock irlandais U2, Bono, autoproclamé «voix de l’Afrique» dans les enceintes internationales, roule-t-il désormais pour les multinationales de l’agroalimentaire? C’est ce qu’on serait tenté de penser en lisant l’article choc intitulé «Bono, la fausse voix de l’Afrique», paru récemment dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian par le journaliste anglais George Monbiot.

L’éditorialiste dénonce en effet le fait que Bono, loin de son image  d’humanitaire désintéressé, mobilisant la communauté internationale en faveur de l’Afrique, fait la promotion de la «Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition», lancée par le G8 aux Etats-Unis en 2012, et à nouveau promue avec vigueur par ce même G8, réuni les 17 et 18 juin 2013 dans un hôtel 5 étoiles en Irlande du Nord.

Mais quel est le problème, me direz-vous ? N’est-ce pas positif que des artistes engagés se mobilisent pour lutter contre la faim dans le monde ?  Hé bien non, car cette «Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire» encourage de fait les Etats à signer des accords qui, au bout du compte, permettent à l’agrobusiness international de faire main basse sur les terres africaines, d’en chasser les familles de paysans qui y vivent, de breveter leurs semences et de s’octroyer de véritables monopoles sur leurs marchés alimentaires.

«Restant sourds aux voix de leurs peuples, six gouvernements africains ont déjà signé des accords avec des entreprises comme Monsanto, Cargill, Dupont, Syngenta, Nestlé et Unilever en échange de promesses d’aide de la part du Royaume-Uni et d’autres nations du G8», précise George Monbiot dans son article. Il constate d’ailleurs que de nombreux militants, aussi bien en Afrique qu’en Europe, dénoncent les pratiques de cette «nouvelle alliance», laquelle est défendue et promue par la campagne ONE, dont Bono est la cofondateur.

Si l’on songe que la campagne ONE est financée en grande partie par le fondation Bill et Melinda Gates, qui travaille en étroite collaboration avec Monsanto pour promouvoir les biotechnologies, on est du coup moins surpris. Et lorsqu’on sait que la fondation Gates soutient également l’AGRA, l’Alliance pour une Révolution Verte en Afrique, qui ouvre toutes grandes les portes du continent à l’agrobusiness et aux OGM, on se dit que la boucle est bouclée.

On voit d’ailleurs régulièrement le chanteur Bono parler au nom des «pauvres» en Afrique lors du G8, au Forum économique mondial de Davos, aux côtés de Barack Obama, Bill Gates, Koffi Annan, Nicolas Sarkozy, etc. A tel point que désormais, dans de nombreuses rencontres internationales, on n’invite plus de représentants de l’Afrique, puisque Bono, lunettes fumées vissées sur le nez, parle en son nom…Pour l’éditorialiste du Guardian, Bono est en fait «un homme qui, sans aucun mandat, s’est autoproclamé porte-parole de l’Afrique et a servi de couverture ‹humanitaire› aux responsables occidentaux».

Reste qu’on pourrait être tenté de se dire que Bono essaie au moins de faire bouger les choses et de secouer les consciences. Certes. Mais lorsque celui-ci commence  à «rouler» ouvertement pour une initiative qui va générer une nouvelle vague d’accaparements des terres en Afrique, il perd du coup toute légitimité pour se muer en un sacré imposteur.

Par Catherine Morand, SWISSAID

Photo: Bono lors du Forum économique mondial (WEF) de Davos, aux côtés de Bill Clinton, Bill Gates, Thabo Mbeki, Tony Blair et Olusegun Obasanjo (de gauche à droite)
Copyright: CC BY-NC-SA 2.0 World Economic Forum