Tragique pour les millions de civils résidents en Ukraine, la guerre touche également de manière indirecte le reste de la population mondiale. La Russie et l’Ukraine sont les principaux fournisseurs de blé, de maïs et d’huile de tournesol de plusieurs pays africains. Selon le FMI (Fonds Monétaire International), les importations représentent environ 85 % de l’approvisionnement de l’Afrique subsaharienne, dont un tiers provient de Russie ou d’Ukraine. Les 45 pays les moins avancés du monde importent au moins un tiers de leur blé d’Ukraine ou de Russie. Après l’Ukraine, ils sont les plus touchés par cette guerre.

Selon les experts, les effets et les répercussions de la guerre en Ukraine sur la sécurité alimentaire mondiale peuvent être de grande ampleur. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a ainsi très tôt mis en garde contre «un effondrement de l’économie mondiale qui provoquerait une crise alimentaire touchant durement les plus pauvres».

Les Nations Unies parlent d’un “cyclone de la faim” qui pourrait plonger 8 à 13 millions de personnes supplémentaires dans la famine en Europe de l’Est, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Flambée des prix inquiétante

L’Ukraine étant un grand exportateur de denrées de base, la guerre déclarée depuis le 24 février a, entre autres, découlé sur une hausse des prix. Le prix mondial du blé a augmenté de 60% par rapport à l’année précédente. Si la guerre se poursuit, les difficultés d’approvisionnement dues à l’impossibilité d’ensemencer les champs risque d’entraîner une nouvelle hausse. Les prix des produits laitiers et des huiles alimentaires ont également atteint un niveau record. Enfin, les coûts du carburant et de l’engrais particulièrement élevés augmentent encore les prix de toutes les denrées importées.

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Une grande insécurité dans de nombreux pays africains

La guerre touche en particulier de nombreux pays africains, y compris des pays partenaires de SWISSAID. Le Tchad nous a rapporté être aussi touché par la crise ukrainienne. «Il est fort probable que dans les semaines à venir, nous connaissions une hausse de prix ou une réduction du poids du pain car la farine est importée», explique Clément Jous de SWISSAID au Tchad. Eux aussi ont essuyé une mauvaise récolte cette année, et la hausse arrive alors que les prix étaient déjà plus élevés qu’à l’accoutumée.

Même dans les pays où les populations sont moins dépendantes du blé, les prix augmentent à cause de la hausse des matières premières. C’est ce que rapporte le responsable de programme SWISSSAID Tanzanie, Rainard Mjunguli: «Nous sommes face à une nette hausse du prix du pétrole et de l’essence, ce qui impacte le coût des transports de divers produits comme l’huile ou le riz. Les tickets de bus ont considérablement augmenté.»

Küche in Tschad mit leeren Töpfe und bedeckten Tellern

Jalò Cherno Talato, responsable programme SWISSAID Guinée-Bissau

«Nous sommes préoccupés. Comme vous le savez, dans une guerre comme celle-ci, ce sont les pays pauvres qui souffrent le plus, car ils dépendent beaucoup des produits importés. Le cas de la Guinée-Bissau sera encore pire, car la chaîne de valeur est quasi inexistante, c’est-à-dire que le secteur de la transformation n’existe pas: le pays importe des produits laitiers, des produits d’hygiène et des céréales. La hausse des prix des carburants compliquera encore la situation, étant donné qu’elle aura un impact sur les prix des transports, de l’énergie, etc. Actuellement, la hausse des prix concerne les produits suivants: sucre 30%, huile alimentaire 30%, savon 40%, lait 40% et pain 33%, la farine étant déjà en rupture de stock. Je pense qu’il est nécessaire d’encourager l’augmentation de la production nationale et la transformation et la valorisation des produits locaux.»

Le Niger déjà fragilisé par le climat

Le Niger fait face depuis quelques mois à une situation d’urgence dans la région du Sud-Ouest du pays, où le climat catastrophique et inattendu de juillet et août 2021 a détruit la plupart des récoltes. A la fin de l’année, alors que les greniers devaient déborder de réserves pour tenir jusqu’à la saison suivante, ils étaient quasi vides. En décembre 2021, SWISSAID a lancé un programme d’aide d’urgence afin de venir en aide aux 2,3 millions de personnes gravement menacées par la faim. La guerre en Ukraine est un nouveau coup dur porté à la population du Niger. Les prix déjà élevés sur les marchés semblent encore augmenter.

Issoufou Abdou Djibo, responsable programme SWISSAID Niger

«Au Niger, la situation était alarmante bien avant le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine car la récolte hivernale a été catastrophique et plus de 2,3 millions de personnes sont menacées d’insécurité alimentaire. Le prix du blé, et donc du pain, a augmenté de 200 à 250 FCFA il y a plusieurs semaines. Les familles les plus pauvres ne peuvent plus s’en acheter. Par rapport à l’année dernière à la même période, le sac de mil est à 31’000 FCFA au lieu de 24’000 FCFA, le maïs à 29’000 FCFA contre 21’000 FCFA et le sorgho à 27’000 FCFA contre 21’000 FCFA.»

Notre levier: l'agroécologie et le renforcement des systèmes alimentaires locaux

La forte dépendance entre les pays s’avère dans ce cas problématique. Ceci montre l’importance de la souveraineté alimentaire et des moyens pour y arriver, comme l’agroécologie. Ce système privilégie des circuits courts et une autonomie face aux intrants extérieurs. Les paysan-ne-s qui pratiquent déjà ce mode de culture sont plus résilient-e-s face aux tumultes internationaux. On l’a vu pendant la crise du COVID-19, où ils étaient moins touchés par les interruptions des chaînes alimentaires et l’isolement.

«Pour réduire les dépendances vis-à-vis des denrées alimentaires importées et nourrir la population mondiale à plus long terme, il est impératif de modifier durablement nos systèmes alimentaires», explique Sarah Mader, responsable thématique de l’agroécologie chez SWISSAID.

L’agroécologie prône une agriculture écologique et socialement responsable, qui optimise les interactions entre les végétaux, les animaux, les humains et l’environnement. SWISSAID tente depuis des décennies de diffuser ces notions dans la plupart de ses projets ; promouvoir les filières agricoles locales, valoriser les connaissances des paysan-ne-s, notamment en matière de semences, et préserver la biodiversité. L’approche multidimensionnelle de l’agroécologie est basée sur les cycles naturels, préserve les ressources et réduit la dépendance aux facteurs externes. Elle permet aux paysan-ne-s d’être autonomes et résilient-e-s face aux changements climatiques.

La guerre en Ukraine et ses conséquences fatales sur la situation alimentaire mondiale montrent une fois de plus qu’un approvisionnement indépendant et local est la solution pour lutter contre la faim – pour une alimentation résistante aux crises et durable!

Communiqué de presse