Agnes, Mary et Catherine sont toutes participantes au projet Emergenseed au Kenya. Lors d’un entretien, elles racontent comment fonctionne le système des banques de semences, et comment l’accès à des semences diversifiées transforme la sécurité alimentaire des communautés et les perspectives d’avenir, particulièrement celles des femmes.
Agnes Esinyen, Mary Loya et Catherine Ebei participent au projet Emergenseed de SWISSAID, en partenariat avec Seed Savers Network. Elles vivent dans le comté de Turkana, l’une des régions les plus arides du Kenya : il ne tombe que 200 mm de pluie par an, contre une moyenne nationale de 680 mm.
Actives au sein de banques de semences locales, elles y ont été formées à la conservation, au conditionnement des semences, à l’agroécologie ainsi qu’à la valorisation des espèces négligées et sous-utilisées (NUS). Elles expliquent le fonctionnement de ces banques communautaires et montrent comment l’accès à des semences diversifiées renforce la sécurité alimentaire tout en ouvrant de nouvelles perspectives d’autonomie, en particulier pour les femmes.
Agnes: En juillet 2024. Elle est donc encore très jeune. À ce jour, environ 35 membres y ont stocké leurs semences. Mais par l’intermédiaire de la banque, nous avons déjà distribué des semences à environ 300 paysannes et paysans.
Agnes: Chaque membre a sa propre étagère et ses propres bouteilles. Il s’agit donc de semences personnelles. Les stocks de notre parcelle de démonstration, appartiennent, eux, collectivement à la banque de semences.
Mary: Quiconque emprunte des semences doit en rapporter le double. Si j’emprunte une bouteille avec cinq unités, j’en rapporte dix après la récolte. Ainsi, notre stock s’agrandit continuellement. Nous gardons toujours 10% comme réserve d’urgence, en cas de mauvaise récolte ou d’inondation.
Mary: Nous avons établi nos règles nous-mêmes. Elles concernent principalement l’emprunt, l’épargne et le « table banking » (système d’épargne et de crédit communautaire). Celui ou celle qui manque trois fois une réunion reçoit une amende. Et une personne inactive trop longtemps perd son adhésion. Cela nous permet de rester engagé-e-s.
Mary: Nous nous réunissons deux fois par mois, le 15 et à la fin du mois, et nous versons nos cotisations. qui a besoin d’un crédit peut l’obtenir àun taux d’intérêt de 10%. La plupart des femmes utilisent cet argent pour les frais de scolarité de leurs enfants ou pour l’alimentation. Certaines s’en servent aussi pour lancer un petit commerce.
Catherine: Nous devions acheter les semences. Faute de pluie, nous perdions souvent tout. Les récoltes étaient très faibles.
Catherine: Beaucoup de choses. Premièrement, nous avons reçu des semences et n’avons plus besoin d’en acheter. Ensuite, nous avons reçu une formation sur la leur conservation, la culture et le maraîchage. Désormais, nous travaillons aussi avec les arbres et pratiquons la rotation des cultures.
Mary: Grâce à la banque de semences, l’accès aux graines pendant la saison des semis est beaucoup plus simple. Nous passons à la banque, récupérons les semences dont nous avons besoin et semons immédiatement.
Catherine: Avant le projet, les rendements étaient si faibles que nous avions à peine de quoi manger. Aujourd’hui, nous mangeons de manière beaucoup plus diversifiée: plusieurs légumes, des légumineuses comme le haricot mungo (green grams), différents nutriments. Cette diversité améliore sensiblement notre santé.
Mary: Dans la région de Turkana, nous cultivions presque exclusivement du sorgho. Aujourd’hui, nous diversifions nos cultures avec différentes sortes de légumes et de céréales. Les rendements ont augmenté et la malnutrition au sein de nos familles a considérablement diminué.
Agnes: Je l’utilise principalement pour la formation. J’y montre aux autres comment cultiver des légumes sur une petite surface dans sa propre cour. L’idée est de planter des variétés locales – du saga (cléome gynandre), du niébé, des épinards, de l’amarante et du chou frisé. Les variétés indigènes sont bonnes pour la santé.
Agnes: En ce moment même, nous désensablons le canal d’irrigation. L’eau est donc rare. Mais pour ce jardin, environ 20 litres d’eau tous les trois à quatre jours suffisent. C’est un bon exemple d’une installation compacte qui peut être gérée sans utiliser beaucoup d’eau.
Catherine: Non, aucun. Nous fabriquons nous-mêmes nos biopesticides, à partir de ressources disponibles localement : cendre de bois, aloe vera, margousier (neem) et d’autres plantes. Nous nous en sortons très bien ainsi.
Catherine Ebei est responsable de l’assurance qualité à la banque de semences de Katilu, dans la région de Turkana, dans le nord-ouest aride du Kenya. Veuve et mère de cinq enfants, elle s’investit dans le groupe de solidarité Kawalap, qui collabore avec le Seed Savers Network et SWISSAID
Mary Loya est présidente de la banque de semences de Turkwel dans la région de Turkana, au nord-ouest du Kenya, l’une des zones les plus arides du pays. Cette banque de semences compte 30 membres.
Agnes Esinyen est présidente de la banque de semences de Kalemnyang dans la région de Turkana, au nord-ouest du Kenya. L’infrastructure regroupe plus de 500 familles paysannes. Elle a été ouverte en juillet 2024. Agnes tient également un jardin de démonstration ainsi qu’un magasin d’habits.
Images: Christian Heuss / SWISSAID