Evénement du 8 octobre 2026 à Genève
SWISSAID et Action de Carême ont organisé une soirée d’échange autour du Rapport mondial sur l’alimentation 2026 de l’Alliance Sufosec. Les discussions ont souligné le rôle de l’agroécologie, de la biodiversité, de la solidarité et des politiques publiques dans la lutte contre la faim.
C’est ainsi que Francesco Maria Ajena, responsable du dossier agroécologie chez SWISSAID, a résumé l’un des principaux enseignements du Rapport mondial sur l’alimentation 2026 de l’Alliance Sufosec, fondé sur une enquête auprès de 12 366 ménages dans 16 pays.
Les résultats montrent que la biodiversité agricole et la coopération entre les communautés paysannes jouent un rôle déterminant dans la lutte contre la faim.
Chaque pratique supplémentaire favorisant la biodiversité – diversification des cultures, rotations ou plantation d’arbres – est associée à une diminution d’environ 14 % des chances de se trouver en situation d’insécurité alimentaire.
Pour chaque pratique de coopération supplémentaire – partage des connaissances, achats groupés ou entraide dans les champs –, cette diminution atteint environ 15 %. Lorsque ces deux dimensions se combinent, la proportion de ménages touchés par l’insécurité alimentaire passe de 55 % à 41 % .
Pour Francesco Maria Ajena, ces résultats démontrent que l’agroécologie va bien au-delà des pratiques agricoles. Elle implique de repenser l’ensemble du système alimentaire, en favorisant la transmission des savoirs, l’organisation collective et les liens entre producteurs et consommateurs. Elle possède ainsi une dimension sociale et politique essentielle, qui touche notamment à l’accès à la terre, aux semences et à la participation aux décisions concernant l’alimentation.
Pour Stellamaris Mulaeh, coordinatrice du programme Kenya d’Action de Carême, la transformation des systèmes alimentaires repose d’abord sur la mobilisation des communautés. Les paysannes et paysans se réunissent en groupes de solidarité pour partager leurs connaissances, organiser le travail collectif et trouver ensemble des solutions à l’insécurité alimentaire.
La transformation débute souvent par de petits potagers familiaux, qui permettent de diversifier l’alimentation et de retrouver des variétés locales. Les membres des groupes cultivent leurs parcelles à tour de rôle, produisent du compost et des pesticides naturels et développent des pépinières communautaires. Ces pratiques renforcent progressivement leur autonomie et leur résilience face aux aléas climatiques.
Les femmes jouent un rôle central dans cette transition. En travaillant collectivement, elles peuvent mieux défendre leur accès à la terre, réduire leur charge de travail et développer de nouvelles sources de revenus. Au-delà des récoltes, l’agroécologie leur permet ainsi de gagner en indépendance, de prendre davantage part aux décisions et de renforcer leur place au sein des communautés.
Pour Renate von Davier, présidente des Jardins de Cocagne, cette participation collective est au cœur du modèle coopératif. Depuis 47 ans, cette initiative genevoise rapproche producteurs et consommateurs autour d’une agriculture biologique et locale. Chaque semaine, quelque 300 paniers de légumes sont distribués aux membres, qui participent également aux travaux agricoles et aux décisions de la coopérative.
Ce modèle repose sur le partage des responsabilités, des risques et des bénéfices. Les membres s’engagent pour une année, garantissant ainsi une certaine stabilité financière à la coopérative. Les contributions sont adaptées aux revenus, tandis que les personnes salariées bénéficient de conditions que la coopérative s’efforce de maintenir équitables. Mais les défis restent nombreux : accès à la terre, équilibre financier et nécessité de rendre les produits accessibles au plus grand nombre.
L’expérience des Jardins de Cocagne montre que la transition agroécologique concerne l’ensemble du système alimentaire, de la production à la consommation. Pour Renate von Davier, elle passe notamment par le développement des circuits courts, la mutualisation des ressources, la sensibilisation des consommateurs et la collaboration avec les autorités publiques. Une approche qui fait écho aux expériences présentées au Kenya : au Nord comme au Sud, l’agroécologie repose aussi sur la solidarité, la participation collective et la capacité des communautés à décider de leur alimentation.
Pour Claudia Fuhrer, responsable du programme international « Justice alimentaire » d’Action de Carême, les initiatives agroécologiques ne peuvent se développer durablement sans un soutien politique et juridique adapté. Dans de nombreux pays du Sud, les petits producteurs et productrices se heurtent à des rapports de pouvoir inégaux, notamment face aux grandes entreprises agro-industrielles, ainsi qu’à un manque de soutien des autorités.
La transformation des systèmes alimentaires exige donc de garantir les droits des communautés paysannes. Parmi les priorités figurent l’accès à la terre et à l’eau, le droit de conserver et de réutiliser les semences locales, ainsi que la possibilité de choisir librement les pratiques agricoles. Claudia Fuhrer insiste également sur la participation effective des paysannes et paysans aux décisions politiques qui concernent leurs terres, leurs moyens de subsistance et leur alimentation.
Ces droits sont notamment reconnus dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysan·ne·s (UNDROP), mais leur mise en œuvre reste insuffisante. Pour Action de Carême, il est essentiel que les gouvernements intègrent l’agroécologie dans leurs politiques agricoles et veillent à l’application des droits existants. Des expériences locales aux décisions politiques, la transition agroécologique nécessite ainsi une transformation des rapports de pouvoir, afin de construire des systèmes alimentaires plus justes, durables et résilients.
Article rédigé par Tiziana Conti, responsable relations publiques pour la Suisse romande chez Action de Carême.
Photos: SWISSAID