Rio + 20: «Notre maison brûle, et nous la regardons brûler.»

Rio + 20: «Notre maison brûle, et nous la regardons brûler.»

La société civile a laissé éclater sa colère face à l’échec et au manque d’ambition de Rio + 20, au vu du peu de résultats concrets et de l’absence de mesures contraignantes contenues dans la déclaration finale signée par les représentants des Etats. «Dans l’avenir que nous voulons, il y a de l’engagement et de l’action, pas seulement des promesses» ont-elles lancé, bien décidées à transformer «la colère en action».

Les ONG reparties furieuses ont alimenté les gazettes et les tribunes de multiples qualificatifs, parmi lesquels : «Rio – 20», «Le sommet de la Terre brûlé », «Rio + 20, Rio pour rien», «Notre maison brûle, et nous la regardons brûler», allusion à la déclaration du président français Jacques Chirac «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs» en 2002, lors de la conférence Rio + 10.

L’un des principaux acquis de Rio + 20 est la décision de lancer dès 2015 des «Objectifs du développement durable» (ODD), pour faire suite aux Objectifs du Millénaire lancés par l’ONU en 2000, et dont l’échec est d’ores et déjà programmé, ces objectifs semblant condamnés au stade de vaines incantations. Le document final vante également une «économie verte » qui a fait l’objet de très vives critiques lors du Sommet des peuples, qui voit là une volonté de privatiser les biens communs que sont les ressources naturelles, y compris la terre, l’eau, et même l’air.

Le point fort de Rio + 20 fut sans conteste la grande vitalité des organisations de la société civile qui s’y étaient donné rendez-vous. Ces femmes et ces hommes venus du monde entier furent plus de 80'000 à envahir l’avenue Rio Branco dans le centre ville de Rio de Janeiro. «Les peuples y ont fait entendre leur voix pour dénoncer les comportements néocolonialistes des grandes puissances qui utilisent très souvent des multinationales comme leur main agissante», témoigne Almoustapha Moumouni, directeur de SWISSAID au Niger, qui a participé à cette marche historique.

Il a été très impressionné par l’engagement des femmes durant tout le Sommet. Le 21 juin, la Coalition mondiale des femmes contre la marchandisation de la terre a animé toute la journée des échanges d’expériences de lutte des femmes venues de tous les continents. Sur les banderoles, on pouvait lire: «L’Afrique n’est pas à vendre !». «La détermination de ces femmes est rassurante pour la préservation de la terre, qui représente la base existentielle des générations actuelles et futures», se réjouit Almoustapha Moumouni, qui estime que quelque chose d’important s’est bel et bien passé à Rio avec la formidable mobilisation de la société civile et sa force de propositions pertinentes.

Almoustapha Moumouni a également été impressionné par la multitude d’opportunités qui s’offrent aux différents acteurs (Etats, ONG et secteur privé) pour accéder à des mécanismes de financement d’action de développement particulièrement innovants. Il y voit là une belle opportunité, y compris pour SWISSAID. Corollaire de la recherche de financement: celui de la lutte contre l’évasion fiscale dont sont coutumières les multinationales dans les pays en développement, tout particulièrement dans le secteur des industries extractives, un thème sur lequel SWISSAID est très présente. Almoustapha Moumouni cite la proposition de l’ex-ministre tanzanienne des finances, une femme, qui plaide pour que ces compagnies soient domiciliées dans les pays en développement où elles sont actives, afin de s’y acquitter de leurs obligations fiscales.