Au Tchad, le pétrole devient un "facteur déclencheur"

Au Tchad, le pétrole devient un

Que ferait-on à Madiba sans manguiers ? Avec leur épais feuillage, ces géants verts font de la place du village un lieu ombragé, où les femmes et les hommes se sont réunis pour témoigner. La discussion ne tourne cependant pas autour de considérations spirituelles, mais sur des faits tangibles qui suscitent chez tous la plus grande inquiétude. Car ce village, situé à l’extrême sud du Tchad, se trouve dans le bassin de Dosséo, où Esso soupçonne la présence de pétrole. Ce qui, en général, ne signifie rien de bon pour ceux qui vivent sur le sol contenant de l’«or noir».

«Ils ont creusé un trou là-bas», raconte Ngaba Bertin en désignant un endroit dans la brousse, «pas très loin de la dernière maison». Le chef du village se plaint avec dépit : personne ne l’a salué et personne ne lui a demandé son avis quand, trois ans plus tôt, les forages exploratoires ont commencé. On lui a seulement dit qu’une route de 30 mètres de large allait mener aux champs pétrolifères et que «vous allez être submergés de poussière». Les «hommes du pétrole» sont ensuite repartis avec leurs machines «qui faisaient trembler la terre».

La peur de voir Esso revenir est perceptible. Mais, depuis, une autre organisation s’est greffée à Madiba : le RESAP (Réseau de suivi des activités autour du pétrole de Dosséo) suit en effet avec attention toutes les activités ayant trait à la production de pétrole dans le bassin de Dosséo. Il a procédé à un recensement, mesuré les terres et noté le nombre de manguiers ainsi que la taille des champs de manioc et des jardins potagers. Les paysannes et les paysans savent maintenant qu’ils ont des droits et qu’ils peuvent exiger des dédommagements au cas où Esso devait un jour commencer à extraire du pétrole.

Dès lors, grâce au soutien de SWISSAID et d'autres oeuvres d'entraide, les ONG tchadiennes ont rediscuté et amélioré drastiquement les indemnisations proposées par ESSO. Ainsi, à la place des malheureux 6 dollars proposés à l'origine pour chaque manguier coupé, c'est 1600 dollars par manguier qu'ont reçu les familles paysannes.

En outre, le RESAP a mis sur pied dans près de 500 villages des comités qui ont élaboré de concert un plan de développement. Qui ne définit pas seulement les conséquences de la production pétrolière, mais aussi la meilleure commercialisation de produits, l’irrigation, l’exploitation forestière durable. «Le pétrole est devenu le facteur déclencheur d’un développement global», affirme Renodji Djimrabaye, coordinateur de RESAP.

Outre le RESAP, SWISSAID soutient au Tchad trois autres organisations qui luttent pour que les revenus du pétrole profitent davantage à la population. Elles sont actives au niveau local – avec une orientation similaire à celle du RESAP – aussi bien à Doba que dans d’autres régions pétrolières, mais aussi au niveau national, où il s’agit avant tout de rassembler des informations, de contrôler les budgets et de mener un travail de lobbying politique.

Une étude co-financée par SWISSAID a montré que les 5 % des revenus de l'exploitation du pétrole devant revenir aux régions productrices n'ont été que partiellement versés aux autorités régionales ou alors dans des projets qui n'améliore pas les conditions de vie de la population. La balle est maintenant dans le camp des poltiticiens tchadiens pour que cette situation change.