Les terres agricoles, nouvel Eldorado des investisseurs

Les terres agricoles, nouvel Eldorado des investisseurs

Dans un contexte de marchés à risques, les financiers chargés de la gestion de fonds d'investissement et de pension diversifient leurs placements en misant sur les matières premières agricoles et l'acquisition de terres cultivables. Nos retraites seraient-elles en partie financées sur le dos de petits paysans chassés de leurs terres?

La semaine dernière, dans les salons feutrés du luxueux hôtel Victoria Park Plaza au cœur de Londres s’est tenu le Sommet de l’investissement agricole (The Agriculture Investment Summit) qui a drainé le gratin des financiers chargés de la gestion de grands fonds d’investissements et de fonds de pension.

Gagner vite et gros

C’est que ces fonds cherchent de plus en plus à « investir» dans les terres et les matières premières agricoles, ou encore les agrocarburants, afin de diversifier leur portefeuille de placements, dans un contexte de marchés à risques. A Londres, comme l’année dernière à l’hôtel Kempinski à Genève, mais aussi à New York, Singapour ou encore à Addis-Abeba en octobre prochain, des séminaires pour la promotion des investissements agricoles et l’achat de terres se multiplient, avec succès.

Ainsi, l’ingénierie financière, toujours à l’affût de nouvelles opportunités qui rapportent vite et gros, a-t-elle trouvé de nouvelles pistes aux rendements prometteurs du côté des matières premières agricoles et l’acquisition de terres cultivables aux quatre coins de la planète.

Les fonds de pension – c'est-à-dire notre AVS, nos plans d’épargne retraite -  sont même devenus les plus grands «investisseurs» institutionnels dans les terres agricoles de par le monde. Nous pourrions donc nous réjouir que nos retraites soient entre de si bonnes mains et nos vieux jours assurés.

Mise à mort des exploitations familiales

Seul petit problème : ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’ «accaparement des terres» prend des allures d’ «Apocalypse now» en Afrique et ailleurs. L’année dernière, à Dakar, Catherine Morand, membre de la direction de SWISSAID, avait eu l’occasion de rencontrer des dizaines de ces hommes et de ces femmes chassés de leurs terres, qu’ils cultivent depuis des générations, dévastées par des machines agricoles qui profanent leurs cimetières et arrachent tout sur leur passage pour préparer la terre pour l’agrobusiness.

«Nous avons été chassé comme des moins que rien, avait témoigné un vieillard filiforme à l’allure biblique. Nous n’avons plus de champs, nulle part d’autre où aller. Qu’on nous les redonne, sinon, de quoi allons-nous vivre?»

A leurs yeux, ce qui est en train de se passer signifie la mise à mort des exploitations agricoles familiales sur le continent, qui occupent pourtant entre 70 et 80% de la population. Avec comme seule alternative de devenir des ouvriers agricoles miséreux ou d’aller grossir les rangs des nécessiteux s’entassant aux abords de villes qui ne procurent aucun emploi.

Une retraite au goût amer

Du coup, les placements de nos fonds de pension ont un petit goût amer. Cela explique pourquoi la semaine dernière également plusieurs dizaines d’ONG ont demandé aux Etats de prendre leurs responsabilités pour que «l’accaparement des terres par les fonds de pension et les institutions financières cessent» ; et aux citoyens d’exercer leur droit de regard sur le type d’investissements consentis en leur nom.