Une autre agriculture est nécessaire : Rapport sur l'agriculture mondiale

 Une autre agriculture est nécessaire : Rapport sur l'agriculture mondiale

Les conclusions du rapport sur l’agriculture mondiale, fruit du travail de plusieurs centaines de chercheurs, confortent SWISSAID dans son approche : pour nourrir le monde et renoncer à causer des dommages irréversibles à l’environnement et à la santé, il faut changer radicalement l’économie agricole mondiale.

La hausse considérable du prix des denrées alimentaires et les émeutes que cela a provoqué dans de nombreux pays ont propulsé sur le devant de la scène une situation que la communauté mondiale a longtemps tolérée sans rien dire : près de 950 millions de personnes – principalement des femmes et des enfants – souffrent de faim et de malnutrition.

L'agriculture ne tient pas compte des aspects écologiques

Publié en avril, le rapport de l’IAASTD (International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development) tombe donc à point nommé. «Le statu quo n’est plus acceptable», conclut ce rapport signé par 57 Etats, dont la Suisse. L’agriculture telle qu’elle est pratiquée à l’heure actuelle ne peut pas répondre aux besoins de la population mondiale, et ne tient pas compte des aspects écologiques.

Seuls des changements radicaux permettront de sortir de la crise. L’agriculture industrielle génère «une planète toujours plus endommagée et plus divisée», estime Robert Watson, directeur de l’IAASTD.

Réalité délibérément ignorée

Ce constat n’est pas nouveau. Mais cette réalité a été délibérément ignorée par les responsables politiques ainsi que par les institutions internationales, telle la Banque mondiale. Des associations de la société civile du Nord et du Sud critiquent depuis des décennies la façon scandaleuse dont l’agriculture paysanne a été abandonnée à elle-même ainsi que les règles agricoles et commerciales désastreuses qui ont précipité des millions de petits paysans dans la misère.

Mais les conclusions de l’IAASTD ne peuvent plus être ignorées. Fruit de quatre ans de travaux menés par quelque 400 chercheurs et experts, le rapport est le résultat d’un processus unique à ce jour : entamé en 2002, il a impliqué non seulement des gouvernements, mais aussi des acteurs de l’économie et de la société civile. «Une expérience sociale de recherche participative à très grande échelle», commente Robert Watson pour décrire le travail accompli.

Quatre questions clés

Les travaux ont commencé par la définition commune de quatre questions clés qui sont au cœur de cette démarche : comment peut-on lutter au mieux contre la faim et la pauvreté ? Que faut-il faire pour assurer des moyens de subsistance en zone rurale ? Comment l’alimentation et la santé peuvent-elles être améliorées ? Et enfin : comment tout cela peut-il être réalisé de manière durable et équitable sur les plans écologique, social et économique ?

Le rapport fournit des réponses par le biais d’une analyse de la situation qui prévaut dans les différentes régions du monde et fait le tour des solutions possibles, qui tiennent compte d’éléments traditionnels, locaux et scientifiques. Il traite en outre de manière approfondie de huit questions qui y sont directement liées, telles que le changement climatique, le rôle des femmes dans l’agriculture, le commerce et l’importance du savoir local. Les agrocarburants, actuellement en plein essor, font l’objet d’un chapitre à part qui met en exergue leurs effets négatifs sur l’alimentation et l’environnement.

L'agriculture se trouve dans une situation catastrophique

Le rôle du génie génétique dans l’agriculture n’est abordé que de manière assez succincte. La principale raison invoquée est que cette technologie n’apporte tout simplement pas de réponses pertinentes aux quatre questions centrales posées par le rapport. Bien au contraire : selon les chercheurs, les brevets des groupes agroalimentaires sur les plantes et les animaux génétiquement modifiés, par exemple, feraient grimper drastiquement les coûts de production.

Le rapport ne laisse planer aucun doute sur la situation catastrophique dans laquelle se trouve l’agriculture. Mais il insiste également sur un fait extrêmement important :  le monde et au premier chef ses paysans disposent des moyens, des technologies et des connaissances nécessaires pour garantir à l’avenir une alimentation mondiale durable sur les plan tant écologique que social et culturel.

En faveur d’une agriculture diversifiée

Pour cela, il faut toutefois faire les bons choix et adopter des politiques agricoles et commerciales adaptées. Au premier chef, il s’agit de renoncer à une agriculture industrielle pour opter en faveur d’une agriculture diversifiée et adaptée aux conditions locales. C’est en tenant compte des particularités culturelles, sociales et topographiques de chaque région que l’intérêt des producteurs pour la préservation à long terme de l’eau, des forêts et des sols pourra être assuré.

Au lieu de fournir au monde entier des packs techniques standard, composés de semences, d’engrais chimiques et de pesticides high-tech, la recherche agricole doit trouver des solutions locales diversifiées, en collaboration étroite avec les paysans et pour les paysans. Elément-clé : le retour à des méthodes de production naturelles et durables, parmi lesquelles l’utilisation d’engrais et de pesticides organiques, ainsi que de semences traditionnelles adaptées aux conditions locales.

Plus de proximité avec les consommateurs

L’opposition marquée des auteurs du rapport à l’égard de ces packs technologiques extrêmement coûteux explique en partie pourquoi les grandes sociétés agroalimentaires telle que Syngenta, se sont retirées du processus peu de temps avant la publication des résultats.

Outre la production agricole, le rapport étudie également la question de la commercialisation et demande davantage de proximité entre consommateurs et producteurs. Une production agricole tournée presque exclusivement vers l’exportation et la libéralisation tous azimuts de l’agriculture mondiale causent de nombreux préjudices à l’agriculture des pays en développement.

Confirmation scientifique indépendante

Pour les organisations environnementales, paysannes et d’aide au développement du Nord et du Sud, le rapport de l’IAASTD est capital. De nombreux experts et scientifiques indépendants confirment ce que de nombreuses ONG, dont SWISSAID, prônent depuis longtemps.

SWISSAID appuie depuis des années des groupes de femmes, des associations de petits paysans et des communautés locales dans leurs efforts pour vivre du produit de leur terre. L’agriculture organique et la commercialisation sur les marchés régionaux figurent depuis longtemps au cœur de notre action. SWISSAID appuie également la lutte de ses partenaires qui refusent de se voir imposer des semences transgéniques et dénoncent les effets pervers de la production des agrocarburants à grande échelle.

Photos: Wikimedia