Des dangereux monopoles sur les semences

Des dangereux monopoles sur les semences

Sur la planète, deux tiers des semences font l’objet d’un commerce, c’est-à-dire qu’elles sont vendues par des firmes spécialisées. Le dernier tiers est constitué des semences que les familles paysannes prélèvent sur leur récolte ou troquent entre elles. Cela se passe ainsi surtout dans les pays en développement.

Un incroyable processus de concentration a eu lieu ces dernières années sur le marché commercial des semences. Des multinationales comme Monsanto, Bayer et Syngenta qui, jusqu’alors, se concentraient sur l’agrochimie, ont méthodiquement renforcé leur département semences, essentiellement par le rachat d’autres entreprises spécialisées.

De ce fait, les deux tiers du marché mondial des semences commerciales sont aujourd’hui contrôlés par dix sociétés seulement. Cette poignée de «global players» (acteurs mondiaux) sont d’ailleurs très bien interconnectés. Un article paru en 2009 (en anglais) - Visualizing Consolidation in the Global Seed Industry - illustre de manière éloquente la taille et la domination du marché par ces sociétés.


Ces sociétés utilisent leur position dominante pour décider ce qui est bon pour les paysans : ce qu’ils doivent semer, comment le semer et combien ça leur coûtera.

Le fait de réunir les semences et l’agrochimie sous un même toit permet de vendre aux paysans des "forfaits": semences + engrais + pesticides. Cela accroît le chiffre d’affaires. Les entreprises comptent aussi sur la possibilité de breveter les semences pour renforcer leur situation de monopole – car entre-temps ce ne sont plus seulement les OGM que l’on affuble d’un brevet, mais aussi les variétés traditionnelles.

Les brevets confèrent des droits de monopole sur les semences garantis par l’Etat, que les sociétés font valoir aussi bien vis-à-vis des paysans qu’à l’égard des entreprises de transformation. Une étude (en anglais) parue en 2009 montre clairement ce lien. Des agriculteurs sont attaqués par Monsanto aux Etats-Unis sous prétexte qu’ils auraient violé des brevets.

Dans le même temps, les prix des semences ont fortement augmenté. Les prix du maïs et du soja, par exemple, ont doublé en dix ans – pour des semences désormais le plus souvent issues du génie génétique. Or, l’étude le montre, ces semences deux fois plus chères ne doublent pas le résultat des récoltes. Et un rapport  (en anglais) établit à son tour que les semences issues d’OGM sont plusieurs fois plus chères que les semences naturelles.

Cette domination des multinationales des semences est dangereuse. L’expérience montre qu’elles tirent profit du marché pour faire évoluer les prix vers le haut.

D’un côté, cela va renchérir les denrées alimentaires, ce qui est surtout dramatique pour les populations urbaines pauvres du Sud; de l’autre, cela pousse à la ruine encore plus de paysans, qui se voient forcés de vendre leur ferme ou, comme le montre le tragique exemple indien, trouvent souvent dans le suicide le seul moyen d’échapper au surendettement.

La domination des géants des semences a donc pour effet d’accroître la pauvreté et la faim dans les campagnes. Mais dans des pays riches comme la Suisse, il est non moins important de ne pas abandonner le contrôle des bases de l’alimentation à quelques rares entreprises multinationales.

Les semences et l’agriculture constituent des thèmes de société essentiels qu’il s’agit de replacer au cœur du débat. Car, au bout du compte, ceux qui contrôlent la production des denrées alimentaires déterminent notre avenir.